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Politique / Social - Économie - Article paru le 17 novembre 2009 dans l'Humanité

 

Pendant la crise, la spéculation continue !

Bourses en hausse, boom des matières premières… Disposant d’importantes liquidités grâce à la générosité des États, banques et fonds spéculent plutôt que de financer la reprise. Au risque de relancer la crise encore plus gravement.


Les places financières se redressent, elles flambent en Asie ; les marchés obligataires gonflent au rythme de l’endettement des États ; les prix de matières premières repartent vers les hauteurs… La spéculation est de retour et intervient alors que la croissance de l’activité économique reste indécise. Quelle en est la raison et qui tire les ficelles  ? La relance rapide et massive de la spéculation a au moins trois raisons. Une masse considérable de capitaux financiers, ce sont les munitions. L’opportunité de réaliser des profits élevés, c’est l’occasion. Une demande de biens ou de titres plus forte que l’offre, ce sont les cibles de la spéculation.

Côté munitions

Les facilités de crédit offertes par les banques centrales afin de sauver le système financier international et les aides octroyées par les États sans condition de résultats en matière d’emploi et de développement humain ont fourni une masse considérable de liquidités aux banques et aux intervenants financiers. Selon le FMI, le gonflement des budgets publics des principales puissances devrait être de l’ordre de 5 000 milliards de dollars (3 400 milliards d’euros) d’ici à la fin de 2010. Banquiers et investisseurs n’ont pas utilisé toutes ces ressources pour relancer leurs crédits à l’activité réelle, ils ont spéculé. C’est particulièrement vrai aux États-Unis. Grâce au rôle de clé de voûte du dollar au sein du système monétaire international, ces derniers peuvent emprunter massivement à l’extérieur et placer leurs fonds un peu partout.

Côté opportunités

Elles sont de plusieurs ordres. En premier lieu, il y a celles dues à des différences de croissance, de taux d’intérêt entre zones à l’échelle planétaire, de cours monétaires. Le mécanisme est simple. Une banque emprunte de l’argent à la Banque centrale des États-Unis, d’Angleterre ou à la BCE, à des taux très faibles (entre 0 et 1,5 %), et achète des emprunts d’État, des bons du Trésor qui lui rapporteront entre 3 % et 4 %.

Le spéculateur, qui anticipe par exemple la baisse du dollar, décide d’en vendre à terme  ; si la baisse a effectivement lieu, il lui suffira d’acheter, le jour de l’échéance, des dollars à un cours inférieur (le cours au comptant) pour les vendre à un cours supérieur (le cours convenu lors de la passation du contrat à terme). Il peut faire l’inverse, en spéculant sur la hausse de l’euro. Les investisseurs tentent aussi de tirer parti du rebond de croissance de pays émergents en investissant dans des bourses asiatiques ou dans les pays producteurs de matières premières. En second lieu, le redémarrage d’opérations financières destinées à prendre le contrôle de grands groupes (les OPA) ouvre de nouvelles opportunités de spéculation sur les titres. On achète des actions de l’attaquant ou de l’attaqué dans la perspective d’une plus-value et on contribue, par là même, à faire monter le soufflet boursier. En troisième lieu, on constate que, dans la crise, pour relancer leurs profits, les grandes entreprises s’efforcent de relancer leurs activités en réduisant leurs effectifs. Ainsi, aux États-Unis, la productivité apparente du travail se redresse. Conséquence  : le taux de chômage atteint les 10 %, mais la rentabilité se relève légèrement. Des fonds sont ainsi disponibles pour la spéculation.

Côté cibles

Outre les actions et obligations, elles sont principalement constituées par deux matières premières  : le pétrole et l’or. La responsabilité des États les plus puissants et des grandes banques centrales est écrasante. C’est dans la mesure où ils ont ouvert, sans critères d’utilité sociale, les vannes du crédit que les banques et les spéculateurs réalisent des bénéfices inattendus. Qui en profite  ? Au côté des banques, les différents fonds (de pension, privés, spéculatifs). Il est possible que cette situation contribue à relancer la crise de manière encore plus grave  : le krach des dettes privées intervenu (crédits immobiliers, produits dérivés, etc.) risque de se prolonger sous la forme d’un krach de la dette publique, l’excès d’endettement des États devenant 
insupportable dans un contexte de croissance poussive de l’activité et d’explosion du chômage.

Pierre Ivorra

notre dossier Crise financière

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Tag(s) : #Economie
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