Pauvreté : les associations doivent-elles suppléer les missions de l'État ?
« Les étagères sont vides »
À Melun, comme dans tout le département de Seine-et-Marne, les bénévoles du Secours populaire français sont submergés. Reportage.
Á quelques minutes de l’ouverture des portes, le constat est alarmant : « Les étagères sont vides. Il manque l’essentiel : des pâtes, de la farine, des conserves. La semaine dernière nous avons dû annuler une distribution », explique Patrick Zunino, bénévole au Secours populaire de Melun. Aujourd’hui, personne ne repartira les mains vides, une grande surface voisine a offert quelques cageots de salades, de carottes et de poireaux. « On fait le maximum pour ne pas annuler de distribution, mais à chaque fois on est obligé de se battre. » Deux fois par semaine, c’est un véritable parcours du combattant pour les bénévoles. « On contacte les autres associations, les magasins, le siège régional. Á la longue, c’est usant. » Les portes s’ouvrent. Une quinzaine de personnes se pressent dans l’entrée. « Je viens tôt, parce qu’en fin de matinée il ne reste plus grand-chose », raconte Zohra. « Avant, on définissait le nombre de colis attribués en fonction des besoins réels d’une famille. Avec la pénurie, on est obligé de plus les espacer, sinon certains n’auraient vraiment plus rien », précise Patrick Zunino. En attendant son tour, chacun discute, s’interpelle. « La semaine dernière il y avait un chariot plein de jambon derrière le supermarché. J’ai voulu en prendre mais ils avaient balancé de la javel dessus », s’indigne Élodie. La situation est tendue dans toute la Seine-et-Marne. « On multiplie les collectes, mais c’est loin de suffire, raconte Brigitte Berlan, secrétaire départementale du SPF. Á plusieurs reprises, on a été contraint d’acheter des denrées de première nécessité. Entre 2008 et 2009, on a connu une hausse de la fréquentation de 30 % sur le département. Ça se poursuit en 2010. Dans certaines communes c’est tout simplement dramatique : quand il y a un hôtel accueillant jusqu’à 80 familles de migrants, abandonnées par l’état, sans ressources alimentaires, c’est nous qui devons faire face. Nos locaux sont submergés et nous n’avons concrètement pas assez de nourriture pour aider tout le monde. Ça met en péril tout le travail réalisé, depuis des années, par nos bénévoles. »
Mathieu Molard
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