Le double portrait d’une France en crise
Article paru dans La Marseillaise du Mercredi 17 novembre
2010
De plus en plus de pauvres, souvent jeunes, étranglés par des fins de mois difficiles : tels sont les constats dressés par le Secours catholique et le Secours populaire sur l'année 2009 en France, celle de la crise.
Dans son rapport annuel sur l’évolution de la pauvreté en France publié lundi dernier, le Secours catholique témoigne pour le moins
de l’aggravation de la situation de la pauvreté et de l’exclusion en France.
En effet, « Ce qui frappe en ces temps de crise, c’est le moral des personnes que nous aidons », commente le Secours catholique. «
L’absence de perspectives d’amélioration de leur situation dans un avenir proche » fait que la confiance en soi s’amenuise tout comme celle dans les dispositifs sociaux.
Cette année, l’étude analyse particulièrement les ressources des personnes et démontre l’impossibilité pour les ménages de s’en
sortir. Une fois réglées en début de mois les charges contraintes, qui représentent 68 % du budget, il reste environ 250 euros pour se vêtir, se soigner, se nourrir et payer ses dettes. Dire
alors que les effets de la crise sont dévastateurs pour les plus démunis relève de l’euphémisme et ne peut que soulever l’indignation. Chômeurs, étrangers sans ressources mais aussi salariés :
près de 1,5 million de personnes ont eu recours à l'aide du Secours catholique en 2009, un nombre en augmentation compte tenu de la crise économique.
L’impact de la crise
Le point commun à toutes ces personnes ? L’extrême faiblesse de leurs ressources, insuffisantes pour faire face aux dépenses
courantes, encore plus aux dépenses imprévues. « Toutes ces personnes en difficulté ne sont pas de mauvais gestionnaires », souligne Pierre Levené, secrétaire général du Secours catholique :
c'est « l'insuffisance de leurs ressources, absolument criante », qui est en cause. « On est proche du scandale de laisser autant de gens avec si peu », dénonce-t-il.
Le nombre de ces situations repart à la hausse (+2,1 %) et 94 % d’entre elles sont sous le seuil de pauvreté. Quant ce seuil est à
949 euros [1] pour une personne seule, le niveau de vie moyen des personnes rencontrées par le Secours catholique est de 548 euros, donc bien au-dessous.
Ce rapport met par ailleurs clairement en évidence l’impact de la crise socio-économique, à travers la hausse du nombre d’actifs (62
% des personnes accueillies, dont 41,9 % en recherche d’emploi) et la part des jeunes, qui augmente (52 % des personnes accueillies ont moins de 40 ans), tout comme celle des couples avec enfants
(22 % des situations rencontrées).
Chez les demandeurs d'emploi, l'association rencontre "un plus grand nombre de personnes pour qui aucune perspective d'amélioration
de l'emploi ne se dessine, alors que la mise en place du RSA devait rendre l'emploi plus attractif ». Ce qui n’est visiblement pas le cas.
Au-delà de cette photographie globale de la pauvreté, le Secours catholique a travaillé sur l’étude précise de plus de 1000 budgets
de ménages rencontrés. Cette enquête spécifique est donc centrée sur des personnes qui ne sont pas en grande exclusion mais qui ont des ressources financières même limitées. Le revenu mensuel
médian de ces ménages est de 759 euros [2]. Une fois réglées les dépenses contraintes en début de mois (loyer, énergie, transport, eau, frais scolaires…), qui représentent 68 % du budget, il
reste environ 250 euros pour se nourrir, se vêtir, se soigner et payer ses dettes accumulées.
Les jeunes les plus atteints
Une autre étude Ipsos-Secours populaire français (SPF) rendue publique en septembre 2010 dresse un constat tout aussi catastrophique
pour les jeunes. Rappelant qu’un tiers des Français (33%) ont connu la pauvreté en 2010 (+3% par rapport à 2009), l’enquête révèle une surreprésentation des revenus modestes (55%) et des peu
diplômés (70%). Selon l’institut Ipsos, les hommes et les 35-45 ans seraient particulièrement concernés du fait « de l’aggravation récente du chômage ». Phénomène nouveau de cette précarité
galopante, « nous avons de plus en plus de petits artisans, de petits commerçants et cadres », note Julien Lauprêtre.
Principal indicateur d’une société malade, la crainte des plus jeunes concernant leur avenir. Un jeune sur deux se dit angoissé et
un sur trois en colère quand il songe à sa situation actuelle et à venir. Pis, 21 % des 18-30 ans se disent désespérés. Chez les étudiants et les lycéens, l’anxiété culmine à
58%.
La colère gagne du terrain avec l’âge : ainsi 17 % des 18-19 ans partagent ce sentiment quand il atteint les 39 % auprès des 25-30
ans. Pour les jeunes actifs, le taux atteint les 40 % et 64 % pour les chômeurs. « Désabusés, les jeunes développent un fort scepticisme notamment à l’égard des études comme vecteur suffisant
d’insertion professionnelle », commente Christelle Grapier, responsable de l’enquête. Parmi les difficultés rencontrées, celles des revenus (33 %), de la situation professionnelle (24%) et les
transports (23%). Et 70 % des jeunes pensent que la société ne leur accorde pas suffisamment de place.
Aucune politique contre l’exclusion et la pauvreté qui ne prendrait pas en compte ces réalités et qui se contenterait encore une
fois de grands principes, est vouée à l’échec. Il est temps d’arréter de se voiler la face.
Synthèse R.M
[1] Chiffre 2008.
[2] Hors allocations logement
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