L’alarmant bilan des Objectifs du millénaire

Le 8 septembre 2000, en adoptant la Déclaration du millénaire, les chefs d’État et de gouvernement de la planète s’engageaient, sous l’égide de l’ONU, « à faire du droit au développement une réalité pour tous et à mettre l’humanité entière à l’abri du besoin». Une visée déclinée en huit «Objectifs du millénaire pour le développement» (OMD) censés être atteints en 2015. Dix ans plus tard, le sommet de l’ONU qui s’ouvre aujourd’hui et pour deux jours à New York se fixe officiellement pour but de «relancer la mobilisation de la communauté internationale pour réaliser les huit objectifs adoptés en 2000».
L’euphémisme masque mal, malgré certains progrès, un indiscutable constat d’échec global, à cinq ans de la date butoir. D’abord sur le premier objectif, visant à «réduire de moitié, d’ici à 2015, la proportion de la population mondiale dont le revenu est inférieur à un dollar par jour et celle des personnes qui souffrent de la faim». Si, comme s’en félicite le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, «le monde est sur la bonne voie pour réduire de moitié la pauvreté» à l’échéance fixée, c’est surtout en raison des résultats spectaculaires enregistrés ces dernières années par la Chine. Les récentes émeutes de la faim au Mozambique et la famine frappant les zones sahéliennes témoignent de la vulnérabilité persistante de l’Afrique subsaharienne, où une personne sur trois continue de souffrir de la faim, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Dans le document de synthèse qu’ils doivent adopter lors de ce sommet, les chefs d’État et de gouvernement regrettent «profondément de devoir constater que le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté et touchées par la faim dépasse le milliard et que les inégalités, entre pays comme à l’intérieur des pays, restent un problème majeur». Ils y incriminent l’impact d’une crise économique qui a «accru les vulnérabilités, creusé les inégalités et porté atteinte aux progrès accomplis en matière de développement». Avant de renouveler la promesse de «faire tout ce qui est en leur pouvoir pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement».
Une tentative de désamorcer le débat
Selon l’ONU, pourtant, c’est bien le déficit de financements lié au non-respect, par les États, de leurs promesses d’aide publique au développement qui constitue le principal obstacle à la réalisation des OMD en 2015. «Confrontée à une crise économique sans précédent et à la hausse des contraintes budgétaires des pays donateurs, la communauté internationale risque de voir un retard et même un effondrement du progrès fragile réalisé ces dernières années», a mis en garde Ban Ki-moon, jeudi dernier, en chiffrant à 20 milliards de dollars, pour la seule année 2009, les sommes manquantes par rapport aux engagements pris par les membres du G8, il y a cinq ans, au sommet de Gleneagles.
Dans ce contexte, si la France a augmenté de 16,6 % son aide publique au développement, elle n’y consacre que 0,46 % de sa richesse, loin de l’objectif de 0,7 % fixé par les Nations unies en 1970. Surtout, selon l’ONG Oxfam, cette croissance est «largement due à des annulations de dettes (…) et à une croissance exponentielle des prêts de l’Agence française de développement». Une agence dont les activités, profondément réorientées sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, privilégient désormais l’appui au secteur privé plutôt que l’aide directe au développement.
Pour tenter de désamorcer ce débat sur le non-respect de leurs engagements financiers, des États donateurs, France en tête, défendent le principe de «financements innovants» qui «devraient compléter les sources traditionnelles sans s’y substituer».
« Nous estimons que des mécanismes de financement novateurs peuvent véritablement aider les pays en développement à mobiliser des ressources supplémentaires», souligne, malgré l’hostilité des États-Unis, le document qui doit être adopté cette semaine à New York. Ces «financements innovants», tentent de rassurer leurs promoteurs, pourraient prendre la forme de taxes sur les billets d’avion, le tourisme, les communications, voire les transactions financières. Dans une note consacrée à ce sommet de New York, le Fonds monétaire international (FMI) développe une vision nettement plus franchement libérale de ces «financements innovants», dont la recherche incomberait aux pays en voie de développement : levée de fonds auprès des diasporas, recours à des fonds souverains, recherche de financements sur les marchés…
Dans cette même note, le FMI, plus que jamais fidèle aux dogmes néolibéraux qui inspirent ses programmes, fait du développement du libre commerce mondial la condition sine qua non de la réalisation des OMD et de la réduction de la pauvreté. Il faut, insiste le fonds dirigé par Dominique Strauss-Kahn, «faire du commerce un puissant moteur du développement, en prenant des initiatives pour conclure le cycle de négociations de Doha» initié par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les pays à faibles revenus, poursuit le document, doivent «réduire leurs barrières tarifaires et non tarifaires afin d’exploiter les opportunités» qu’offrirait l’intensification des échanges commerciaux «sur les marchés régionaux et mondiaux».
Exhortation reprise, la semaine dernière, dans le rapport annuel du groupe de réflexion sur le développement qui réunit depuis 2008 vingt agences onusiennes, le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE et l’OMC.
En clair, les recettes d’avant-crise restent de mise. Les pays en voie de développement comme les pays émergents sont priés de se conformer aux canons de la mondialisation libérale, de se plier à la dérégulation, à la déréglementation, aux lois de la concurrence et du libre commerce. Celles-là mêmes qui créent l’insécurité alimentaire, ravalent la santé au rang de marchandise et détruisent l’environnement.
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