Barack Obama, dont la cote de popularité a bondi aux Etats-Unis, a décidé de ne pas publier les photos du cadavre d'Oussama ben Laden [1]. En parallèle, la polémique enfle sur le rôle du Pakistan et sur la légitimité d’une telle opération.
- « Pas beau à voir »
Trois jours après l’assaut mené contre la maison [2] où se cachait le leader d’Al Qaïda, le président américain, cité par son porte-parole Jay Carney, a expliqué : «Laisser des preuves photographiques dans la nature» pourrait servir «d'outil d'incitation (à la violence) ou de propagande. Ce n'est pas dans notre genre. Nous n'arborons pas ce genre de choses comme des trophées… Ce n'est pas dans nos intérêts pour la sécurité nationale de permettre (la publication) de ces images, pour qu'elles deviennent comme dans le passé des icônes servant à mobiliser contre les Etats-Unis.»
L'administration Obama a montré les photos en question à des élus du Congrès. «Elles ressemblent à ce que vous pourriez attendre de quelqu'un qui a reçu une balle dans la tête. Ce n'est pas beau à voir», a commenté le sénateur Saxby Chambliss.
Sur la scène politique américaine, la cote de confiance du président américain Barack Obama [3] a effectué un bond de 11 points après la mort de ben Laden, selon un sondage CBS/New York Times publié mercredi.
- Le matériel de Ben Laden étudié par la CIA
Plus de 48 heures après l'élimination de l'instigateur des attentats du 11-Septembre par 79 hommes des forces spéciales américaines, les États-Unis cherchaient à faire «parler» des dizaines de disques durs, ordinateurs et clés USB saisis dans sa résidence. Avant de quitter Abbottabad, le commando américain a en effet pris soin d'emporter tout ce qui pouvait constituer une source de renseignements. La quantité est «impressionnante», a reconnu le directeur de la CIA, Leon Panetta.
Il s'agit surtout de «détecter les menaces en cours» et d'atteindre «d'autres cibles de grande importance au sein d'Al-Qaïda» comme le n°2 du réseau, Ayman al-Zawahiri, selon Michael Leiter, qui dirige le Centre national antiterroriste américain. Le ministre de la Justice, Eric Holder, a estimé qu'il y aurait «probablement» des noms ajoutés sur la liste antiterroriste établie par les États-Unis.
- Le Pakistan sous pression
Certains renseignements pourraient s'avérer gênants pour le Pakistan, soupçonné d'avoir fermé les yeux sur la cavale de ben Laden. Islamabad a rejeté de nouveau mercredi ces soupçons.
Sommé de s'expliquer sur la présence depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, d'Oussama ben Laden près d'une école militaire, le premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani a estimé que cela témoignait de «l'échec du renseignement dans le monde», y compris aux États-Unis, et pas seulement au Pakistan. «Nous sommes au beau milieu d'une guerre, nous combattons dans une guerre contre le terrorisme et nous avons la volonté de lutter contre l'extrémisme et le terrorisme», a assuré M. Gilani en visite à Paris.
Mardi, les autorités pakistanaises avaient dénoncé le fait que les Américains aient mené unilatéralement, sans consultation préalable, l'opération commando sur leur sol. La CIA avait décidé de faire cavalier seul dans le dernier acte de la traque de ben Laden par crainte que les Pakistanais n'alertent le chef d'Al-Qaïda.
- L’opération commando en question
Les États-Unis s'efforçaient de désamorcer une polémique sur la mort de ben Laden après avoir révélé mardi que le chef d'Al-Qaïda n'était pas armé quand il a été tué. Eric Holder a estimé devant le Sénat que l'élimination de ben Laden était «complètement légale et cohérente avec nos lois, nos valeurs». «Il était le chef d'Al-Qaïda, une organisation qui a mené les attentats du 11-Septembre, il a admis son implication», a rappelé le ministre. Et, a-t-il ajouté, «il avait dit qu'il ne se laisserait pas prendre vivant».
La haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, a indiqué suivre attentivement les détails de l'opération américaine, ajoutant que les opérations antiterroristes devaient respecter le droit international.
- Vengeance d’Al Qaïda
Un chef local d'Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (Aqpa) dans le sud du Yémen a promis de venger ben Laden. «Nous vengerons notre cheikh Oussama [4]. Nous en apporterons la preuve aux ennemis de Dieu. Ils verront ce à quoi ils ne s'attendaient pas», a déclaré ce chef de l'Aqpa sous couvert d'anonymat. Sans donner plus de précisions, il a indiqué que l'Aqpa «préparait un plan d'action pour la poursuite du jihad durant la prochaine étape».
Les talibans pakistanais alliés à Al-Qaïda, qui mènent une campagne sanglante d'attentats dans le pays depuis plus de trois ans, ont déjà juré de venger ben Laden.
- A lire:
--> L'élève exemplaire de la CIA s'est retourné contre son maître [1]
--> Ben Laden exécuté en 40 minutes [2]
--> Obama abat une carte maîtresse [3]
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