Nous faire croire que tout est pourri, c’est nous faire penser que rien n’est possible
L’invité de la semaine : Franck Vandecasteele, auteur-compositeur, chanteur de Marcel et son Orchestre, candidat du Front de gauche en région Nord-Pas-de-Calais.
« C’est un scandale ! » En ce moment, c’est fou ce que le mot « scandale » peut être employé par le monde politique. Si Georges Marchais l’avait déposé, les difficultés de l’Humanité seraient en bonne partie réglées par les royalties générées. On peut en rire, mais à la longue cela fatigue. Entendre nombre de ces politiques se dire scandalisés, révoltés par le démantèlement des services publics, alors qu’ils sont acteurs de leur mise à mort, c’est révoltant. En signant le traité de Lisbonne, n’ont-ils pas adopté l’accord général sur le commerce des services ? Dénoncer l’injustice tout en fabriquant le cadre pour qu’elle s’installe ne les dérange pas. On peut leur mettre le nez dans leur caca, rien n’y fera, cela les amuse même. Moins il y aura de crédit envers le politique, mieux le marché se portera. Nous faire croire que tout est pourri, c’est nous faire penser que rien n’est possible. Leurs penseurs n’ont-ils pas chanté la fin de l’histoire, n’ont-ils pas jeté l’idéologie avec l’eau du bain ? On ne traite pas un chrétien d’inquisiteur, on ne traite pas un libéral d’affameur, pourquoi un communiste serait-il traité de stalinien ? Déguisés en politiciens, les financiers, aidés par leurs communicants, leurs journaux, leurs artistes, ont bâti la culture du résultat. Ils ont fabriqué des jeunes gens modernes, dynamiques, pragmatiques, décomplexés, pour imposer l’idée que seul le commercialisable et le rentable avaient raison d’être. Comment ont-ils réussi ? En montrant que l’idéal et le peuple étaient encombrants et chiants, qu’ils manquaient cruellement de légèreté. Tout cela était vrai. Seulement croire que nous pourrons régler les problèmes collectifs par l’individualisme et la croissance, c’est un bidon d’essence donné à un pyromane. Redonner le goût des règles, recréer le respect des lois, démontrer la nécessité et la pertinence du collectif, c’est tout le travail de la pédagogie politique. Tout le travail des militants sera de rendre la politique excitante, exigeante, mais aussi amusante et palpitante.
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