mercredi 8 septembre 2010, par Lidice Busot-Mozes / "le Patriote"
« De ma vie, je n’avais jamais vu autant de monde mobilisé à Nice », à 78 ans Jean, niçois d’origine, a connu de nombreux mouvements, cependant, pour lui, cette manif « a des aires différents ». Le début du cortège arrivait à la place de la Libération et la fin n’était pas encore partie de la place Masséna. 35 000 personnes défilant à Nice, on pourrait dire que c’est historique et peu importe si la différence entre les annonces des syndicats et les forces de l’ordre est énorme.
Tout avait commencé vers 9h30 du matin. La place Masséna s’est couvert de drapeaux et de pancartes en un peu moins d’une demi-heure. Impressionnant ! Des salariés de Thales, de Tournaire, du bâtiment, d’EDF-GDF, les postiers, les cheminots, le personnel de l’éducation, du pôle emploi, les hospitaliers, les traminots, les parents d’élèves, des associations, des sapeurs pompiers, des journalistes, des élus de partis politiques de gauche, syndicats, des citoyens inquiets pour leur avenir… le cortège n’avais jamais été aussi richement éclectique.
Les chiffres sont en nette augmentation par rapport à la journée de mobilisation du 24 juin dernier et que ce soit dans le secteur public ou le privé, ils étaient tous les deux bien représentés.
Pour l’intersyndicale(1) à l’origine de cette journée, il était important de montrer leur ferme opposition au projet de réforme des retraites. « Cette réforme ne répond pas aux enjeux actuels. Les questions d’emploi notamment pour les jeunes et les seniors, celles des inégalités hommes-femmes, de la pénibilité, d’un financement durable appuyé sur une autre répartition des richesses produites, non seulement ne sont pas traitées, mais font porter à plus de 85% les efforts sur les salariés », expliquait un communiqué commun.
Pour les membres de cet appel plusieurs points sont problématiques. « La remise en cause des 60 ans avec le report à 62 et 67 ans des âges légaux et l’augmentation du nombre de trimestre de cotisations vont fortement pénaliser les salariés et notamment ceux ayant commencé à travailler jeunes, ceux ayant des carrières chaotiques et incomplètes, en particulier les femmes », pointe l’intersyndicale.
Chiffres. Selon le ministère, au niveau national, à la mi-journée, 24,77 % des personnels de la Fonction publique d’Etat (qui comprend les enseignants) étaient en grève. 16,2% des agents territoriaux et 17,76% des agents hospitaliers étaient également en grève mardi à la mi-journée. Entre 16,93% des agents de Pôle emploi, selon la direction, et près de 25%, selon le principal syndicat, le Snu-FSU, étaient en grève. La direction d’EDF a relevé, quant à elle 21,3% de grévistes à la mi-journée.
A la SNCF la direction a recensé 42,9% de grévistes et la CGT 51,8%. A La Poste, quelque 22,07% de postiers étaient en grève contre 19,86% le 24 juin dernier, selon la direction. La CGT et Sud contestent ces chiffres et parlent plutôt de 35 % à 40 %.
Dans le cortège, plusieurs questions importantes étaient soulevées par les manifestants. « On ne propose aujourd’hui qu’une forme de discours néolibéral alors qu’il y a plein d’autres solutions. Avant de capitaliser il faudrait que le capital participe à la retraite, par exemple », expliquait Paul Brahim, journaliste à la retraite. Pour lui « le régime par répartition c’est l’âme de notre pays ».
Plus loin, Bernard, qui s’est présenté comme « citoyen du monde », pense que la question des retraites dévoile en vérité un marasme social, un délitement de la société et une incapacité de cette même société à se penser dans l’avenir.
Ana, un peu à l’écart du cortège, n’appartient à aucune organisation politique ni syndicale, mais se sentait dans le devoir d’être présente. Elle déplore le manque de solidarité, devenu une habitude trop courante à son goût. « La retraite par capitalisation c’est la mort du lien entre les générations », note-t-elle, pointant du doigt l’individualisme exacerbé qu’elle constate au quotidien.
Arnaud, sapeur pompier professionnel, est, quant à lui, plutôt pour une retraite « personnalisée ». Pour ce dernier « on devrait prendre en compte la situation de chacun et le nombre d’années travaillées dans des situations pénibles, peu importe le métier exercé ». Il estime que les personnes travaillant, par exemple, la nuit pendant plusieurs années devraient avoir le droit à un départ anticipé. Sa théorie, il ne la considère pas si utopique que cela, car pour lui « c’est juste une question de volonté ». En tous les cas, la pénibilité c’est un mal que les sapeurs pompiers connaissent bien. Ils se battent pour que la réforme prenne en compte cet aspect dans leur métier, ce qui n’est pas le cas pour l’instant. Ce mardi, ils étaient venus en nombre. Des collègues d’autres départements avaient même fait le déplacement en soutien à leur combat qui a pris de l’ampleur depuis qu’ils se sont faits agresser par les CRS lors d’une manifestation le 16 juillet dernier à Nice. De son côté le PCF dans un communiqué se félicitait de la réussite de cette journée. « Sarkozy et son gouvernement ne peuvent rester sourds au message de la population », pouvait-on lire. Ses militants ont recueillit lors de la manifestation plus de 500 signatures pour la pétition Pour une réforme des retraites juste et efficace.
Pour l’heure les syndicats se concerteront afin de donner une suite à ce mouvement qui n’a ainsi pas dit son dernier mot.
Lidice BUSOT
(1) L’intersyndicale été composé des organisations diverses : UNEF, FED, FSU, Solidaire, CGT, CFTC, FO, UNSA, CFDT, CFE-CGC, FA, SPP-PATS/FAFPT.
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