Le développement de la crise conduit à ce paradoxe : alors que le pays et sa population sont dans de grandes difficultés, les résultats des grands groupes, notamment en France, ceux du CAC 40, ont presque retrouvé leur niveau de 2007. Une étude récente des services économiques de la banque Natixis vient de le confirmer. Son rédacteur, Patrick Artus, souligne le fait et en déduit que cela «vient, soit de la déformation du partage des revenus au détriment des salariés, soit de l’internationalisation des grandes entreprises, soit des deux à la fois».
En France, les deux causes se sont combinées. La part des salaires dans la production de richesses, la valeur ajoutée, est passée de 74,1% en 1981 à 65,1% en 2008, et l’extraversion des grands groupes français est l’une des plus prononcées des économies développées. La profitabilité des grandes entreprises, poursuit Patrick Artus, «retrouve en 2010 son niveau d’avant-crise aux États-Unis, pas encore complètement au Royaume-Uni, en France, pas encore en Italie, en Espagne, pas encore au Japon ; le taux d’endettement est sous contrôle» ; et surtout, les «ROE sont à nouveau à leur niveau d’avant-crise en 2011, sauf au Japon». Le retour sur capitaux propres, qui définit la rentabilité financière des capitaux, est ainsi revenu à son zénith.
Parallèlement, une part grandissante de l’activité des groupes français du CAC 40 s’effectue à l’étranger et particulièrement, dans la dernière période, dans les pays émergents. Les Carrefour, BNP Paribas, Alcatel Lucent, L’Oréal, Sanofi-Aventis ne réalisent en moyenne que 32,6% de leur chiffre d’affaires à l’intérieur de leurs frontières nationales, contre 81,9% pour leurs homologues américains, 65,9% pour les Japonais.
En vérité, il y a un lien entre cette extraversion et la montée de l’endettement public et des difficultés des Français. Pour favoriser cette fuite des stars du CAC 40 à l’étranger, les gouvernements successifs ont réduit à leur profit les prélèvements publics. Ils ont soutenu la politique de l’euro fort afin de favoriser leurs achats à bon compte de concurrents étrangers, accru le rôle des marchés financiers afin qu’ils puissent disposer de ressources abondantes pour leurs opérations de croissance externe.
Comment combattre cette inscription particulière des groupes français dans la mondialisation ? Le remède le plus efficace est certainement de donner des pouvoirs réels de proposition et d’intervention aux salariés et aux populations au sein des entreprises afin d’impulser un autre cours aux choix de gestion et d’investissement, de contribuer à une tout autre mondialisation.
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