Médicaments : quand l’opacité nuit gravement à la santé
Humanité Quotidien
1 Février, 2013
En pleine affaire des pilules, la revue médicale indépendante Prescrire organisait hier un débat sur « l’accès public aux données scientifiques sur
les médicaments ». La revue a également publié sa liste noire des médicaments à écarter. Document.
«Le modèle économique des grandes firmes pharmaceutiques conduit à commettre des crimes industriels (en anglais, corporate crimes). Face à leur
généralisation et à leur répétition, on peut penser qu’ils sont commis délibérément, parce que le crime rapporte. C’est ainsi que raisonnent les organisations criminelles. »
Celui qui tire à boulets rouges sur les laboratoires pharmaceutiques s’appelle Peter Gotzsche, il est professeur en recherche clinique et méthodologie à
l’université de Copenhague, au Danemark, et membre de la Collaboration Cochrane, un réseau international indépendant d’analyse des effets des soins sur la santé. Il était invité hier à
ouvrir le débat organisé par la revue Prescrire intitulé « Médicaments et produits de santé : pas de sécurité sans accès public aux données scientifiques ».
Une fois encore, l’actualité donne raison au travail de la principale revue médicale indépendante, qui œuvre depuis des années à dénoncer le système de soins
qui permet aux laboratoires de commercialiser des médicaments qui, au mieux, ne servent à rien, au pire, sont dangereux. Après le Mediator, ce sont aujourd’hui les pilules de troisième et
de quatrième générations qui font les gros titres : où l’on s’aperçoit qu’elles ne sont pas plus efficaces en termes de contraception que celles de deuxième génération, mais aussi
qu’elles provoquent plus d’effets secondaires. « Depuis trois ou quatre ans, grâce au travail de Prescrire et des ONG, les choses vont mieux, assure pourtant Florent Saint-Martin,
professeur à Sciences-Po Paris, qui a passé huit ans aux côtés de Corinne Lepage au Parlement européen. Mais pendant trop longtemps, le système de gestion des risques sanitaires au niveau
européen a été imperméable aux exigences de transparence, tout en étant trop perméable aux conflits d’intérêts, constituant un système opaque qui tournait trop en vase clos. » Et de
décrire le phénomène de « porte tournante », soit la circulation des élites administratives entre secteurs privé et public. Exemple : l’ancien chef de l’unité OGM de l’Autorité
européenne de sécurité des aliments débauché d’une grande entreprise de commercialisation des OGM ! Le combat pour une véritable culture de l’indépendance.
Maud Dugrand
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