Marseille submergée d’ordures lors de la grève des salariés de l’entreprise privée ISS. ARCHIVES ROBERT TERZIAN
Politique. Les élus de Marseille Provence Métropole reviennent sur la collecte des ordures
ménagères. Pendant ce temps, les enquêtes continuent. Décryptage des affaires en cours.
Parmi les 107 rapports soumis au vote, le
conseil communautaire de Marseille Provence Métropole doit approuver le « rapport annuel sur le prix et la qualité du service public d’élimination des déchets ». Or, «
les bordilles » sont au cœur d’un feuilleton politico-judiciaire qui hante la vie politique locale. Pour le landernau, cette agitation politico-judiciaire a une cible
unique : le patron du PS local, président du conseil général, Jean-Noël Guérini.
Le missile qui le vise à deux étages : le premier, politico-industrialo-syndical, secoue la communauté urbaine depuis plusieurs mois. Le second est judiciaire, révélé
par des fuites régulières. Les deux volets s’entrecroisent et alimentent une chronique agitée.
Episode 1 : Bronzo
Côté politique, tout commence en octobre. Les salariés de l’entreprise Bronzo se mettent en grève et bloquent les centres de tri. En quelques jours, la ville est
submergée d’ordures. Le motif de la grève est d’un genre nouveau. Les gars de Bronzo contestent une décision de la commission d’appel d’offres, censée être
confidentielle. Pour mettre fin à ce mouvement social qui empoisonne la ville, Eugène Caselli annule tous les marchés et déclare vouloir engager une réflexion sur le
retour à la régie publique. Au cours d’une séance houleuse, le chef de file de l’opposition, Renaud Muselier, compare les affaires en cours au célèbre livre Gomorra sur
la mafia italienne.
En guise de sortie par le haut, Eugène Caselli crée une commission chargée d’étudier le retour au public. Faute de temps, celle-ci accouche d’une souris : le retour dans
le giron public du Vieux-Port, cœur du projet centre-ville et des festivités de 2013. Elle rogne du même coup le secteur géré jusque-là par la société ISS
environnement.
Episode 2 : ISS environnement
Comme Bronzo en octobre, les salariés d’ISS se mettent en grève en février. Une nouvelle fois, les salariés d’une société privée vont contester par voie de grève la
décision de la communauté urbaine, et s’immiscer dans le travail de la commission d’appel d’offres. La ville croule sous les ordures non ramassées.
Une nouvelle fois, Eugène Caselli cède et donne des gages sur le maintien des personnels d’ISS quelle que soit la décision de la commission.
Or celle-ci vient de rendre son verdict il y a peu. Les entreprises privées vont être informées. Des décisions censées rester confidentielles. Le représentant de l’Etat
qui siège en commission a été ferme : pas de fuite. Sauf que la ville entière connaît déjà ce verdict. Va-t-on vers de nouveaux conflits « sociaux » ?
Episode 3 : l’affaire Queyras
Dès le mois d’octobre, on parlait à mi-voix d’une enquête lancée par le juge Duchaine sur la base d’une lettre anonyme. Dès cette époque, les fuites évoquent la société
Queyras, en charge du tri sélectif sur plusieurs communes de MPM. Or, le PDG de cette société est réputé proche d’Alexandre Guérini, frère du président du conseil
général. Ces derniers mois, le domicile et les sociétés de ce dernier ont reçu la visite des gendarmes sur commission rogatoire du juge. Tout comme le conseil général et
le siège de la communauté urbaine. La société Queyras a également était perquisitionnée à plusieurs reprises. Ces investigations ont débouché, le 10 juin, sur la mise en
examen de plusieurs salariés de la société. Son PDG et le fils de ce dernier ont été écroués.
Et malgré le secret de l’instruction, les fuites demeurent. Dans Le Figaro comme dans La Provence, elles décrivent une partie du système censé être mis en place à La
Ciotat. Des années durant, Queyras aurait facturé des tonnes de déchets collectées hors communauté urbaine et déposées dans une déchetterie de MPM.
Ce système n’a rien d’original. Le 17 décembre dernier, La Marseillaise publiait le témoignage de P.M., employé d’une autre société privée : « Les camions d’encombrants
sont censés rouler de 5 heures à midi. En fait, très régulièrement, ils sortent faire des gâches pour le patron, un peu partout dans le département. On est payé en
liquide et les tonnes de gravats sont livrées en déchetterie à Marseille. Elles sont facturées à la CUM et payées par nous, les contribuables. »
Ledit système ne date pas de l’arrivée des socialistes à la tête de MPM puisque le rapport de la chambre régionale des comptes paru en 2007 s’étonnait déjà de l’absence
de contrôle exercé par la CUM depuis plusieurs années. En février dernier, lors de la réunion du comité technique paritaire, le directeur général adjoint à la propreté
de MPM déclarait : « Nous allons former et professionnaliser les contrôleurs des entreprises privées puisque l’on est assez défaillant sur ce domaine. » Aujourd’hui,
Queyras pèse peu face aux mastodontes du secteur : Nicolin, Suez, Véolia… Visiblement, le ménage commence par le bas.
BENOIT GILLES
« Un processus de déstabilisation
»
Sophie Bottai est l’avocate de la
société Queyras Environnement et de son directeur.
Pourquoi Eric Pascal, le directeur de Queyras Environnement a-t-il été écroué ?
Il a été mis sous écrou pour escroquerie en bande organisée, abus de biens sociaux, faux et usage de faux, subordination de témoin et destruction de preuves. Je fais
appel, mercredi, pour sa remise en liberté. Cette affaire financière, dont le préjudice n’a même pas été fixé par l’accusation de manière sérieuse, va entraîner
l’explosion de la société et la mise au chômage de 28 familles. Jeudi, la remise en liberté du fils de mon client, dans la société depuis neuf mois, a été refusée.
L’affaire Queyras pourrait n’être que le premier volet d’une suite prochaine de l’enquête dans le secteur des déchets ?
Je ne voudrais pas que ce dossier de nature financière serve de marchepied pour atteindre une autre cible. On fait des choix qui ne paraissent pas raisonnables et
conformes à une bonne administration de la justice.
Si cette prétendue fraude est érigée en système, il faut s’intéresser à tout le monde dans cette affaire, y compris les concurrents de mon client. Il me semble que nous
sommes dans le cadre d’un processus de déstabilisation qui dépasse Queyras Environnement.
PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE PUJOL
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