Pour les cantinières, pas de gamelle après 60 ans
Au mieux, la canne. Au pire, le « déambulateur ». Danièle qui, par coquetterie, préfère garder son âge pour elle, se voit mal courir après les enfants à soixante-cinq ans. « Si la réforme passe, ce sont les minots qui me garderont », sourit-elle. Et de déclencher un éclat de rire général parmi les cantinières. Symbole du mouvement de grève marseillais, les « tatas » des crèches et des cantines débrayent depuis le 23 septembre dernier à l’appel de l’intersyndicale. Soit plus de 2 300 agents et 240 cantines fermées sur les 350 écoles que compte la cité phocéenne. Et le mouvement a fait tache d’huile et s’étend désormais à Berre, Martigues, Rognac ou Istres, Aix-en-Provence, Aubagne…
«La grève est reconductible mais, en général, nous la faisons durer une heure par jour afin de perdre le moins d’argent possible.» De fait, avec un salaire qui tourne autour de 1 150 euros, le mouvement relève du courage. Nombre de «tatas» qui ont longtemps officié comme vacataires partent à la retraite avec moins de 900 euros par mois.
La crèche dans laquelle travaille Danièle compte 90 enfants dont il faut s’occuper quotidiennement : «Il faut les changer, les porter, assurer le ménage, tout cela plus de neuf heures par jour. Bien sûr que la pénibilité existe. Beaucoup de filles ont des problèmes de dos.»
Si certains parents grincent des dents, la plupart «ont réalisé le boulot qu’on abattait avec la grève et s’organisent. On sait que c’est pénible pour eux», explique-t-elle. À l’heure du déjeuner, c’est donc pique-nique général pour les enfants. Souvent à l’extérieur des écoles faute d’assurance. La Peep, fédération de parents d’élèves, des Bouches-du-Rhône a récemment enjoint la municipalité «d’organiser un service d’accueil dans les écoles.» Or, l’assurance ne couvre pas les agents des centres aérés qui se porteraient volontaires. La semaine dernière, des parents ont ainsi envahi des écoles du 7e arrondissement pour dire leur colère.
Depuis le début du mouvement, l’administration ne s’est pas privée d’exercer des pressions sur les «tatas» afin de leur faire croire à l’illégalité de la grève. Patrick Rué, de FO, ajoute que «la direction menace illégalement de retenir des heures ajoutées aux salariés en cas de grève» ou quand «les conditions de sécurité ne sont pas assurées pour les enfants pendant les pique-niques». «On a donc mené un travail d’explication, la peur n’a pas gagné», se félicite Danièle. Pour consolider la lutte, elles sont entrées en lien avec les enseignants, notamment en participant à certaines de leurs assemblées générales. «Une première», selon Danièle.
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