Marseille : Deux cortèges, une même détermination
Article paru dans La Marseillaise du vendredi 24 septembre 2010
Manifestation. 220 000 personnes ont défilé hier dans les rues de Marseille. Le succès de la journée du 7 largement conforté, fruit de l’unité de l’ensemble des organisations syndicales.
Comme dans un miroir. Deux mêmes banderoles se reflétant l’une dans l’autre au pied de la fontaine Castellane, point de convergence
des deux défilés. Deux défilés, une simple raison pratique, compte tenu de l’affluence attendue, pour dire d’une seule voix la nécessité de mettre en échec le gouvernement et de sauver le système
de retraites par répartition. En toute équité.
« Plein le dos du travail rallongé », arbore Edith sur ses épaules quatre heures plus tôt, en piétinant dans la foule du Vieux Port.
Pourtant pas habituée des manifs, cette artisane esthéticienne de 53 ans défile volontiers aux côtés des salariés de la CGT, non loin des militants CFDT, FSU et UNSA. Elle ne mâche pas ses mots.
« La retraite à 60 ans, ça passe par du travail pour tous, empêcher les délocalisations, faire payer les gros capitalistes ! »
A la même heure, sur la place des Mobiles, les militants de la CFTC, de CFE-CGC et de Solidaires piétinent aussi en attendant le
renfort des territoriaux FO. « En toute confiance, dit Patrick Capone (CFTC), parce qu’à voir nos propres rangs ainsi doublés, alors que nous n’avons pas l’habitude de manifester, pas de doute
que les autres organisations auront aussi mobilisé plein pot. »
« A vingt cinq ans, je me sens très concerné par la question. Pour des retraites dignes, c’est maintenant et pas plus tard qu’il
faut se battre », explique posément Guillaume, jeune cégétiste de Naphtachimie, tandis que le cortège s’engage sur la rue de la République.
Dans la foule écarlate, la CGT d’Eurocopter, inspirée par le ciel bleu, pousse en se marrant un barbecue où grésillent des merguez.
Tandis qu’à quelques pas, autre parfum, s’embrasent au bout de longues perches les fumigènes brandis par les métallos de la CFDT.
Place Sadi-Carnot, militants et parlementaires communistes vont au devant des manifestants tandis que les élus socialistes ont
également marqué de leur présence cette journée de manifestation. A laquelle participaient également, Parti de gauche, NPA et Ecologistes.
Un moment de fraternité
Force Ouvrière en tête, le second défilé emprunte la rue de Rome. Un moment de fraternité avec les grévistes CGT du magasin Monoprix
en lutte depuis cinq jours. L’occasion de leur apporter leur soutien. Y compris celui des cadres de la CFE-CGC qui « se sentent menacés, non seulement par la réforme des retraites mais par la
situation de l’emploi », dit Michel tout en se réjouissant de l’importance de la mobilisation de son syndicat.
Les militants de l’association « Ni pauvres ni soumis » défilent en fauteuils roulants, solidaires du mouvement, soulignant
l’injustice d’une réforme qui touche les plus fragiles
Dans le premier défilé, la banderole du SNES du lycée du Val de Durance, à Pertuis, proclame « c’est le peuple qui décide quand la
raison déraille », tandis qu’au micro on annonce fièrement « 100% de grévistes au lycée Perrier. » Côté UNEF, on attend aussi beaucoup de la prise de conscience croissante des étudiants Pour Guy,
qui n’était pas de la partie le 7, « impossible de zapper ce coup-ci »
Alice, professeur de mathématiques vauclusienne s’alarme : « passé soixante ans, impossible de tenir devant une classe, il faut être
au maximum de sa forme. »
La pénibilité du travail évoquée par Alice, les salariés du centre gérontologique départemental de Montolivet la connaissent bien :
« J’en ai vu des gens issus de professions multiples fréquenter cet établissement, usés bien avant l’âge ! », dit une employée.
Motivés pour la suite
« Aux armes ! » s’égosille Jean-Luc Botella, haranguant du haut du camion de tête des militants CGT survoltés qui font la ola. Plus
loin, sur la rue de Rome, FO lance son mot d’ordre de grève interprofessionnelle qu’elle compte soumettre le soir même par courrier aux autres organisations syndicales. Quant aux syndicalistes de
Solidaires réaffirment l’enjeu représenté par la lutte des réformes des retraites, « ni plus ni moins qu’un choix de société ».
Dans les deux défilés convergents, la même détermination à obtenir gain de cause s’exprime. Quelle suite à donner à cette journée de
mobilisation ? Nouvelle journée d’action, grève générale, reconduction ? Ces questions sont sur toutes les lèvres. Dans leur diversité, l’ensemble des organisations syndicales ont appelé les
salariés à y répondre en se réunissant au plus vite sur leur lieu de travail.
LEO PURGUETTE ET GERARD LANUX
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