Alain Hayot : "Les conditions de la réussite de Marseille 2013"
Humanité Quotidien
11 Janvier, 2013
Label capitale
Marseille, capitale européenne de la culture. Petit tour d’horizon des enjeux de cette labellisation avec l’un des acteurs du monde de la culture
dans cette région, mais aussi au niveau national, de part ses responsabilités au sein du PCF.
Pour Alain Hayot, élu régional Paca et responsable national du PCF à la culture, le dialogue interculturel méditerranéen et l’appropriation citoyenne doivent
être au rendez-vous de cette « capitale européenne de la culture ».
Après des années de préparation, auxquelles vous avez participé en tant que vice-président délégué à la culture de la région Paca de 2004 à 2010,
Marseille-Provence devient ce week-end « capitale européenne de la culture ». Comment situez-vous l’enjeu de cette année particulière qui s’ouvre ?
[1]Alain Hayot. Être, une année durant, capitale européenne de la culture représente pour
Marseille [2]et une grande partie de la Provence une formidable opportunité par ces temps
troublés où se conjuguent régressions sociales, obscurantisme et perte du sens même de la civilisation humaine. C’est un grand défi, tant du point de vue culturel que
pour l’avenir de Marseille et de sa région.
Concernant la culture, nous savons tous les dangers qui planent : à l’heure où la puissance publique, hier avec Sarkozy, aujourd’hui avec Hollande, se
désengage, elle subit des assauts multiples. Certains veulent la soumettre à la seule aune de leur capacité à générer des profits. Les débats qui se déroulent chaque année au Forum
d’Avignon, ce Davos de la culture où l’on rêve de marchandiser notre imaginaire, les attaques récentes contre les politiques
publiques françaises en faveur du cinéma [3] ou du spectacle vivant, la concurrence acharnée entre prédateurs des médias et du numérique en sont
quelques illustrations.
Mais la culture est, par définition, critique, résistante, émancipatrice face à tous les pouvoirs et à toutes les idées établies. Elle est
la condition de la politique, c’est-à-dire de la démocratie, de la libre confrontation des idées, des symboles, de la définition même du sens du destin humain.
Être capitale européenne de la culture [4], c’est, pour Marseille-Provence, prendre sa part
de cette « pensée relation » que vantait Édouard Glissant [5] afin de construire ce qu’il
appelait une « mondialité » du dialogue et de la reconnaissance de l’autre, de l’appropriation et du partage des cultures, des savoirs et des imaginaires.
Si l’on vous comprend bien, concernant Marseille-Provence 2013, vous considérez que rien n’est « joué » ou « annoncé ». Quelles sont les conditions
de la réussite ?
Alain Hayot. J’en distingue trois, qui sont d’ailleurs les ambitions affichées dès le départ. D’abord, le rapport à la
Méditerranée.
Marseille-Provence 2013 doit être une grande année de rencontres, d’échanges et de dialogues interculturels entre les deux rives de la Méditerranée, concourant ainsi à la construction
d’un espace euroméditerranéen de paix, de coopération et de reconnaissance mutuelle. C’est sans aucun doute parce que Marseille est une ville d’échanges et de brassages
qu’elle a été choisie. Ce dialogue entre les rives de notre Méditerranée commune aura-t-il lieu malgré le couac de la disparition de l’exposition Camus ?
Ensuite, la promotion de la création régionale, qui doit être confrontée à ce qui se fait de plus exigeant à l’échelle européenne et au-delà.
Marseille est tout le contraire d’un désert culturel. Il est d’ailleurs à regretter que nombre de créateurs du territoire n’ont pas été associés.
Enfin, Marseille-Provence 2013 ne sera réussie que si elle est une grande manifestation populaire. Là encore, force est de constater que la population
marseillaise n’a pas été mobilisée. Sur ces trois grandes conditions, nous sommes, pour l’instant, très en deçà.
On a parfois le sentiment que plusieurs logiques sont à l’œuvre au sein de ce projet de « capitale » et que le « label » n’a pas été entretenu de la
même manière dans l’ensemble du territoire par les différentes collectivités.
Alain Hayot. Le pire durant cette année serait, en effet, d’avoir l’œil rivé sur les chiffres du tourisme ou encore sur les retombées
économiques, comme si la capitale européenne n’était qu’un outil de requalification urbaine et de revalorisation de l’image de la ville. Les attentes populaires sont
immenses, mais elles sont autres : elles espèrent faire de cette année capitale le vecteur d’une renaissance culturelle mais aussi sociale de Marseille et de la Provence. C’est à
cela que l’on mesurera l’échec ou la réussite de cette belle entreprise.
En ce qui concerne les communistes, les villes (Arles, Martigues, Aubagne, Port-de-Bouc, Gardanne, Port-Saint-Louis-du-Rhône) où ils sont en responsabilité
ont grandement contribué à la réussite du projet. Elles sont encore actives pour que la « capitale » réponde aux ambitions que je viens d’évoquer d’exigence artistique, de diversité
culturelle, de dialogue interculturel méditerranéen et d’appropriation citoyenne.
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Lire aussi :
La culture embarquée dans la compétition des
territoires
[4]Baptême en fanfare et en clameurs [7]
[4]Entretien avec Boris Grésillon [8], géographe, professeur à l’université d’Aix-Marseille, auteur d’ «Un Enjeu “capitale”, Marseille Provence 2013»
[4]Baptême en fanfare et en clameurs [7]
[4]Entretien avec Boris Grésillon [8], géographe, professeur à l’université d’Aix-Marseille, auteur d’ «Un Enjeu “capitale”, Marseille Provence 2013»
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Programme complet et renseignements sur www.mp2013.fr [9]
Entretien réalisé par Christophe Deroubaix
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