Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Marée noire dans le Golfe du Mexique

Marée noire : "Si le pétrole arrive jusqu'ici, je pars…"

 

Article paru dans L'Humanité du vendredi 14 mai 2010


La paroisse de Saint-Bernard, au sud de La Nouvelle-Orléans, compte les dernières heures qui la séparent de la marée noire. Mobilisés, les pêcheurs oeuvrent à installer des remparts flottants.


Venice, Louisiane (États-Unis),
envoyée spéciale.

« Alors les nouvelles… mauvaises ou pires ? Voilà ce qu’on se dit maintenant, quand on se salue. » Appuyé au balustre de la Lady-Godiva, Maine Melerini en a plein, des petites phrases comme celles-ci, qu’il décoche, en même temps qu’un sourire à la Sean Connery. Cheveux gris taillés en brosse, bouc chevaleresque, lunettes noires et chevalière dorée. La cinquantaine ardente et philosophe du loup de mer bien entretenu. «  Suivez la route à droite : au bout, vous trouverez l’armée et les gars de British Petroleum (BP) », expliqueil, offrant d’un même coup l’exacte topographie des lieux et un rappel des faits. « Tous travaillent sur la marée noire. Pourtant, personne ne pourra vous dire ce qu’il en est réellement de la situation. »

Depuis le week-end, les postes de secours ont été installés de part et d’autre des plages de la paroisse de Saint-Bernard, à une soixantaine de kilomètres au sud de La Nouvelle- Orléans. La marée noire qui s’étend dans le golfe du Mexique n’est plus qu’à un pet de vent. L’armée a mobilisé ses réservistes pour poser les flotteurs censés stopper la nappe. La British Petroleum, elle, a fait appel aux pêcheurs. Selon Jennifer Belson, représentante de l’administration de Saint-Bernard, près de 500 se sont portés volontaires. « Pour eux, ce n’est pas seulement important, c’est leur vie qu’ils défendent. »

Un travail de titan, proche du mythe de Sisyphe. Sous le coup des courants et des vents, des brèches se créent dans les remparts, obligeant les marins à refaire sans arrêt ce qui a été défait. « La Floride nous a fait parvenir près de 5 000 flotteurs, poursuit Jennifer Belson, mais nous continuons d’en manquer BP nous assure que ça arrive… »

Remontant les bayous, les chaluts vont et viennent vers le large, chargés de boudins salvateurs. À bord de la Miss Havana, Gregory M. Perez Junior s’en retourne. « Le périmètre à couvrir est très vaste, explique-t-il. Et la nappe n’est plus qu’à six heures en bateau de nos côtes. » Pour Saint-Bernard, l’enjeu est fatidique. Braquez l’oeil n’importe où, vous n’y verrez que de l’eau et des tourbières. Montée sur pilotis, chaque maison couve au moins un bateau. Ici, ceux qui ne sont pas pêcheurs travaillent à nettoyer les embarcations, les réparent ou en louent. Le pays ne mange que par la mer, au point que l’on n’hésite pas à parler de la catastrophe qui se profile comme d’une épreuve pire que le fut Katrina, en 2005. « Après l’ouragan, nous avons pu reconstruire  », explique Sharon Couture, de derrière son comptoir. Elle tient l’unique épicerie du village de Shell Beach, bourg de pêcheurs posé au bout du dernier bout de terre. Sur un mur, elle a épinglé les trombines de ses clients, dont elle tire le portrait quand l’envie lui en prend. Elle a aussi agrafé les photos de deux belles maisons. « Vous voyez ? C’est ce que j’avais avant Katrina. À la place, j’ai ça ! » explique-t-elle en embrassant d’un

L’armée a mobilisé ses réservistes pour poser les flotteurs censés stopper la nappe.

geste l’ensemble de son boui-boui de quelques mètres carrés, phagocyté par une pyramide de sodas. « Mais je vous le jure, reprend Sharon, si les vents poussent et que le pétrole arrive jusqu’ici, j’emballe tout et je pars dans le Mississippi. Comment voulez réparer quelque chose comme ça ? »

Ça, ou autrement dit le pétrole qui s’infiltrerait dans les sinuosités des bayous. Seconde activité économique du canton, la pêche sportive n’y résisterait pas. « Pour la Louisiane, le manque à gagner serait de 57 millions d’euros  », a lu dans la presse Max Jean Begué, qui compte parmi les passionnés. Il vit dans le Kentucky et se construit une maison à Shell Beach, principalement pour pouvoir y pêcher. « Ce serait la fin d’une culture », reprend-il, évoquant les multiples festivals dédiés aux crabes ou autres fruits de mer. « Tous ceux de ma génération ont posé des casiers quand ils étaient gamins… »

Ce serait surtout mortifère pour les huîtres, dont Shell Beach tire l’essentiel de ses ressources. « Une huître met trois ans à atteindre sa maturité », rappelle Nicholas Harris, trente ans et rejeton de cinq générations d’ostréiculteurs. La perte potentielle totale est évaluée, pour la seule Louisiane, à 300 millions de dollars. Nicholas, quant à lui, ne s‘ennuie pas à calculer : « Si le pétrole envahit les parcs, ce n’est pas en argent que je compterai mes pertes, je n’aurai tout simplement plus rien. »


Marie-Noëlle BERTRAND

Publicité
Tag(s) : #Environnement
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :