Les profs relancent la grève avec succès
Article paru dans La Marseillaise du vendredi 11 février 2011
Piqués au vif par une vague de suppressions d’emplois, les enseignants retrouvent le chemin de la rue, ils étaient, hier, 3 000 à Marseille.
« Dès le départ, nous savions que ce n’était pas la journée qui ferait basculer le gouvernement », a indiqué, hier en tête de
cortège, Jean-François Longo, secrétaire général de la FSU. Mais la journée nationale de grève et de manifestation dans l’éducation a réservé bien des surprises. Au-delà des espérances
syndicales, on peut parler de succès pour cette première journée de (re)mobilisation, après l’échec du 22 janvier et les importants mouvements de l’automne sur les retraites. Car, ce retour de
mobilisation, où tous les syndicats de la FSU mais aussi le Sgen-CFDT et la CGT Educ’Action avaient appelé à la grève, participent à la construction « d’un rapport de forces
».
« Nous avions raison d’appeler à la grève », lance Jean-François Longo. Les taux de pourcentage grévistes sont éloquents : 40% chez
les enseignants du 1er degré (écoles primaires et maternelles) et 25% dans le secondaire, dont 30% dans les collèges, particulièrement mobilisés sur la question des dotations horaires et le
projet Clair, dispositif qui sera étendu à la rentrée à l’ensemble des établissements labellisés « ambition réussite ».
« Chatel dégage » pouvait-on lire sur une pancarte portée à bout de bras par l’un des 3 000 manifestants qui ont défilé hier matin
depuis l’inspection académique jusqu’aux Réformés. Après le défilé, la place s’est rapidement transformée en forum. De là, s’exprimera le rejet unanime d’une politique du chiffre : 62 000 élèves
de plus et 16 000 suppressions de postes prévues à la rentrée. On craint de nouvelles inégalités et que l’écart entre les riches et les pauvres se creusent. Jamais l’école n’avait été aussi
maltraitée. Comme l’a dit Pierre Darrhéville, secrétaire fédéral du PCF, venu apporter son soutien aux manifestants : « Le projet de la droite pour l’école est le même que pour tous les autres
domaines : privatiser, marchandiser… »
80% de grévistes au collège Defferre
L’école est mise à terre. « Il y a tellement de sujets de mécontentement », assure Laurent Tramoni qui pointe, parmi les
difficultés, la question des remplacements. Les conditions de travail dégradées.
Dans un environnement saturé, les enseignants se heurtent à des décisions qui vont vite devenir ingérables. Hier, 80% des
enseignants du collège Gaston-Defferre à Marseille ont cessé le travail. A la rentrée, l’établissement va perdre 11 heures d’enseignement qui s’ajoutent aux 17 autres perdues l’année dernière. En
créant la pénurie, les élèves continuent de se détourner de l’établissement. Le privé devient le grand gagnant. Conséquence à la rentrée, une classe de 6e sera supprimée, puis une classe de 5e.
Les enseignants craignent à terme la fermeture de l’établissement.
« La pire des choses note Christophe Doré du SNUipp, c’est que l’on est en train de faire croire à tout le monde qu’avec des moyens
en moins, on peut faire mieux d’école. Je pose la question de la responsabilité de ce gouvernement. »
Symboliquement hier, une gerbe funéraire a été déposée sur les escaliers de l’inspection académique. Comme pour signifier que l’on
était en train de mettre à mort l’école publique.
CATHERINE WALGENWITZ
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)