Les parents ont décidé de camper pour dénoncer la baisse des moyens au collège de l’Estaque. STEPHANE CLAD
Après les cours. Les parents d’élèves sont inquiets
pour l’avenir de leurs enfants. Ils ont décidé hier de bloquer et de monter des tentes devant l’établissement.
Entre la fin des
cours et le début des conseils de classe, les professeurs du collège de l’Estaque n’ont pas hésité à sortir de leur établissement pour participer à une rencontre
impromptue avec des parents d’élèves plutôt remontés après l’annonce de la suppression d’heures de cours dans l’établissement.
Après les 50 000 suppressions de poste de ces cinq dernières années et les 13 000 attendues pour la rentrée, les enseignants s’étaient habitués à perdre « 2 heures
par-ci par-là, à voir les effectifs augmenter. A force, on ne voit plus trop comment tout cela va pouvoir fonctionner », accuse l’un d’eux. Heures sup et complément de
service seront le maigre lot de consolation des enseignants qui voudraient maintenir à flot leurs dispositifs pédagogiques.
Le prof d’histoire-géo a déjà expérimenté les compléments de service. Enseigner à la fois ici et dans un lycée du Nord de la ville. « Tout devient plus compliqué, car il
est difficile de s’impliquer en étant moins présent dans des établissements que l’on compare souvent à des halls de gare. Les élèves ne vous connaissent pas et vous
n’avez plus d’autorité sur eux. »
« Après nous avoir licenciés, ils s’en prennent à nos enfants »
En apprenant qu’ils allaient encore perdre des moyens à la rentrée, les profs ont ressenti comme
une gêne : « Un étouffement qui se généralisait. » Les parents d’élèves, en percevant le malaise, ont voulu faire bloc derrière eux. Hier soir après les classes, ils ont
monté des tentes devant le collège. Un vrai campement de fortune pour dire non à la casse de l’école. « Les enseignants donnent beaucoup de leur personne », avance un
parent d’élève qui trouve normal sa présence à leurs côtés.
Des parents qui ne sont pas non plus épargnés par les mauvais coups : les licenciements, les petits boulots. « Après nous avoir atteints, j’ai l’impression qu’ils
veulent couper l’herbe sous les pieds de nos enfants. L’école c’est leur avenir », lance Franck pas habitué à se « planter » des heures durant devant le collège de sa
fille. « Qu’ils touchent pas à nos enfants. » Comme si l’école était encore le dernier endroit où les gamins d’où qu’ils viennent peuvent espérer échapper à leur
destin.
Le collège en perdant des moyens consacrera moins de temps aux élèves en difficulté. « Plus tard que vont t-ils devenir ? », insistent les parents d’élèves. Tandis que
des enseignants, dont certains ne s’étaient jamais engagés avec autant d’intensité, voient dans cette nouvelle dégradation de leurs conditions de travail, le début du
démantèlement de l’Education. « On fait du bricolage avec des arguments fallacieux. » Un enseignant sur deux ne sera pas remplacé. Si les suppressions étaient jusqu’à
présent progressives, là elles deviennent de plus en plus brutales. « L’Education nationale a un coût, ça, ce n’est pas négociable », assure un enseignant qui voit dans
ces mesures les fondements de la société voler en éclats.
Profs et parents ont bien compris l’ampleur du désastre. L’Estaque pousse peut-être un dernier souffle avant de basculer dans la fatalité ou la colère.
CATHERINE WALGENWITZ
Des poches de précarité derrière un label trop
vendeur
L’Estaque n’est pas la carte postale provençale qu’on imagine. « Certes, on y
vit comme dans un village de bord de mer, tout en étant à 10 km de l’hyper centre marseillais et avec une desserte ferroviaire intéressante », convient Roland Cazzola,
élu au cadre de vie à la mairie des 15/16. Les films comme la peinture ajoutent au sentiment de qualité de vie. Et les nouveaux arrivants ont encore participé à « tirer
ces quartiers historiquement populaires et ouvriers vers le haut ».
Mais, le revers de la médaille est bien prégnant : spéculation immobilière et menace de démantèlement du système éducatif contribuent à plonger les plus fragiles dans la
précarité et l’isolement. « On veut former des citoyens et on les traite comme des moins que rien. La situation des écoles et collèges est désespérante, note Jean-Louis
Grillet, vice-président du CIQ, les budgets pour les activités extrascolaires ont été divisés par deux. Or, on ne peut pas demander une participation financière à des
familles pour qui deux euros sont une vraie somme. »
« La fréquentation des cantines est en recrudescence depuis que le conseil général apporte une aide. Pour certains, c’est le seul repas de la journée », confie Sylvie,
de la toute récente association « Les mains libres », qui dispense des colis alimentaires et organise des ventes sociales de vêtements. Autre création née du même
constat : le collectif précarité. « C’est dans une de nos réunions au centre social, en soulevant la thématique loisirs que les assistantes sociales nous ont alertés sur
un grave souci d’aide alimentaire », explique Thomas Ghalmi. Le collectif travaille à la mise en place d’un partenariat des structures locales afin de mailler le
territoire efficacement. « Certaines associations manquent d’informations, d’autres sont débordées de demandes, il s’agit de créer des passerelles pour mieux vivre
ensemble. »
Car à l’Estaque, « pas de grosse structure, mais un fourmillement d’associations, souligne Roland Cazzola, qui se battent sur tous les fronts, contre la spéculation
immobilière qui a fait grimper le foncier, contre une réforme qui risque de briser la mixité sociale qui joue pourtant actuellement à 100% ». « Une chance pour contrer
un certain fatalisme », encourage Thomas Ghalmi.
MYRIAM GUILLAUME
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