Chantiers navals à La Seyne: les naufragés de l'amiante
Par Marielle Valmalette (mvalmalette@varmatin.com)
Créé le 01/11/2012 - 07:03
En 2011, la mutuelle de la Méditerranée a déposé 760 dossiers d’anciens salariés de la Normed aux Prud’hommes de Toulon pour des préjudices liés à
l’amiante. Il y en aura autant en 2012
«Les premiers dossiers pour faire reconnaître la maladie de l'amiante remontent à dix-sept ans en arrière. Un jour, un copain du chantier(naval de La Seyne,
Ndlr)me dit : le médecin m'a trouvé de l'amiante, j'ai même un certificat médical. Mais j'ai droit à quoi avec ça ? Je lui ai répondu qu'il fallait qu'on monte un dossier pour que sa maladie
soit reconnue. C'est comme ça que j'ai commencé à défendre les intérêts des ouvriers qui ont été exposés à l'amiante aux chantiers navals, mais aussi à DCN, à EDF, puis à la SNCF et dans les
entreprises du bâtiment », raconte Henri Tite-Grès, président de la mutuelle de la Méditerranée.
Depuis, les dossiers n'ont cessé de s'accumuler dans son bureau. En rouge, les cas en cours de traitement : il y en a 2 300. En bleu, les dossiers des personnes
décédées de l'amiante. Il y en a eu 500 ces dix-sept dernières années.
Aidée de trois avocats, la mutuelle de la Méditerranée a enchaîné les audiences au tribunal des affaires sociales pour que les malades de l'amiante soient
indemnisés, et que les employeurs soient condamnés pour « faute inexcusable ». « Nous avons actuellement 300 dossiers en attente au tribunal des affaires sociales », précise Henri
Tite-Grès.
Préjudice d'anxiété
Depuis la découverte des premiers cas d'amiante, la législation a évolué. Le 11 mai 2010, la cour de cassation a reconnu le préjudice d'anxiété : toute personne
exposée peut prétendre à une indemnisation même si elle n'a pas encore déclaré de maladie. Plusieurs tribunaux en France (Épinal, Agen, Paris) ont déjà accordé des indemnités allant de 8 000 à
15 000 euros.
Un autre jugement important a été rendu le 1er décembre 2011, par la cour d'appel de Paris, concernant des anciens salariés des sociétés ZF Masson et Ahlstrom et
qui fait jurisprudence. La cour a accordé des indemnités pour « modification des conditions de vie » liées à l'amiante. « Cela veut dire qu'une personne qui a été exposée à l'amiante
a des difficultés à se projeter dans l'avenir, à cause de la peur de la maladie », souligne Henri Tite-Grès.
« Un Hiroshima silencieux »
La mutuelle de la Méditerranée s'appuie sur ces derniers jugements pour plaider la cause des victimes de l'amiante dont elle s'occupe. En 2011, 760 dossiers ont
été déposés aux Prud'hommes de Toulon - en grande majorité des Seynois -, tous anciens salariés de la Normed. Des dossiers qui relèvent à la fois du préjudice d'anxiété et du changement des
conditions de vie.
Les avocats de la Mutuelle avaient également demandé, pour certains cas, une compensation pour « perte économique » puisque les préretraités de l'amiante
perdaient 35 % de leur salaire initial. Mais, selon Henri Tite-Grès, « il est très difficile de gagner sur la perte économique ».
Les premiers jugements des Prud'hommes étaient attendus pour le 20 décembre dernier, mais ont été reportés à fin mars 2012. D'ici là, la Mutuelle doit déposer
d'autres dossiers de personnes reconnues en maladie professionnelle, obtenir des indemnisations sur les « modifications des conditions d'existence ».
En 2012, Henri Tite-Grès sait qu'il aura toujours autant de cas à traiter. « Comme le dit Jean-Paul Teissonnière(l'un des avocats de la Mutuelle de la
Méditerranée, Ndlr), l'amiante est un Hiroshima silencieux, mais qui va tuer plus de 100 000 personnes », résume-t-il. On estime en effet que le pic des 100 000 morts, victimes de
l'amiante, sera atteint d'ici 2025.
La Mutuelle de la Méditerranée tiendra ses permanences le vendredi de 9 h à 12 h du 9 janvier au 30 mars pour les salariés atteints de la maladie professionnelle
MP30 entré en ATA (allocation des travailleurs de l'amiante) et selon l'ordre alphabétique. Les dossiers des salariés atteints de maladie professionnelle MP30 et non entré en ATA sont à déposer
le vendredi de 9 h à 12 h à compter du 6 avril.
URL source: http://www.varmatin.com/article/la-seyne-sur-mer/chantiers-navals-a-la-seyne-les-naufrages-de-lamiante.745318.html
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