Les jeunes de 2010, une chance pour la société
Dans l’histoire de l’humanité, les pouvoirs successifs dominants ont toujours cherché à faire émerger volontairement et souvent dans un climat s’appuyant sur la peur, une catégorie de population «dangereuse» : qu’il s’agisse des mendiants au Moyen Âge, des classes dites «laborieuses», des rouges, ou bien plus récemment des personnes sans domicile fixe, des Roms ou plus simplement de l’étranger…
La stratégie du bouc émissaire a toujours été la caractéristique des pouvoirs autoritaires aux pieds d’argile.
Il est plus surprenant que ces dernières années, les jeunes, en tant que «classe», aient ainsi fait leur apparition dans cette construction historique qui fait que le pouvoir actuel a jeté son dévolu sur ce qui est le sel de notre avenir. Liquider l’héritage en bloc des années 1960 était le mot d’ordre de responsables politiques, qui, eux-mêmes, n’ont eu de cesse dans leur comportement public ou privé de s’appuyer sur ce même héritage ! Quel paradoxe lorsqu’on demande aux jeunes, des adultes en construction, de ne pas s’exprimer ou de ne pas s’indigner au nom soit d’un ordre moral, qu’il soit ou non républicain ou citoyen ! L’esprit critique, de moins en moins d’ailleurs travaillé dans le parcours éducatif des jeunes à l’école, n’est plus l’alpha ni l’oméga de la construction de la personne…
Un jeune se construit, comme la société, non dans l’affrontement, mais la confrontation des idées, des actions, dans l’innovation des modes d’intervention sur les questions de société qui concernent tous les citoyens et donc chaque citoyen… Ignorés, relégués au rang «d’adultes en miniature» à qui l’on demande de bien vouloir s’intéresser aux questions de société à condition que cela ne bouscule pas les schémas habituels de la société conservatrice dans ses schémas culturels, les jeunes ont fait le choix de s’inviter justement sur la scène de la vie.
Remisés au rang de consommateurs ou plutôt de cible privilégiée du marché et des marchands d’illusions, caricaturés à l’extrême selon la fracture territoriale elle-même résultant de la constitution volontaire de ghettos par des politiques publiques inadaptées – pour celui ou celle n’ayant jamais vécu dans un quartier sensible, les populations y vivant méritent-elles vraiment considération ou simplement quelque aumône afin que ces quartiers fassent le moins souvent possible la une de l’actualité ? – les jeunes ne seraient bons qu’à être de patients futurs adultes devant aller à l’école, vivre la précarité comme une chance – c’est mieux que rien – et n’avoir la parole que lors d’élections et de débats dont on les tient, le moment venu, à l’écart.
Ces derniers mois, ce sont aussi les chrétiens, jeunes et moins jeunes, qui se sont trouvés en première ligne pour défendre les plus démunis, fragiles, précaires, l’étranger… au nom d’une conception tellement juste de l’Évangile, que cette irruption dans la vie de notre pacte commun à surpris… La capacité d’indignation collective est apparue comme le ferment d’une autre culture que celle que nous impose la société de marché.
Des adultes, longtemps engagés dans des combats pour l’homme et sa dignité, ont vu leur démarche confortée et enrichie par la venue de jeunes à leurs côtés ! Que ce soit sur les questions de logement, de défense des enfants scolarisés de parents étrangers menacés d’expulsion, de travailleurs illégalement employés, d’environnement et de non-prolifération des déchets nucléaires, les jeunes se sont invités au festin de la démocratie…
Des actions symboliques, des interventions participatives, une présence dans les médias et sur le terrain font des jeunes des années 2010 une chance pour la société qu’il nous convient de construire ensemble. Ils ont pleinement saisi le relais des mains de toutes celles et ceux qui luttent depuis des années pour que finalement la liberté ait le dernier mot, cette liberté responsable qui doit être sans cesse préservée pour ne pas être étouffée au nom d’un fonctionnement d’institutions qui sont sclérosantes, tellement conservatrices et réactionnaires qu’elles vivent sur le mode d’un âge d’or qui n’a existé que dans un inconscient collectif si éloigné de la réalité…
Les jeunes – élèves, étudiants, jeunes actifs, précaires – avancent, sont capables d’indignation face à l’injustice sous toutes ses formes, visibles ou perverses, «prennent des risques et des coups, mais ne se taisent pas»… Ils ont aujourd’hui la capacité d’allier des réussites solidaires et des exploits relevant de leurs propres qualités !
Jamais les chrétiens n’ont eu la chance historique de faire vivre de manière aussi juste l’Évangile ! Et le «Indignez-vous» de Stéphane Hessel n’a jamais eu autant de sens aujourd’hui pour bâtir demain. Les jeunes ont été aussi engagés… Ils disposent des clés de l’avenir d’une société à construire reposant sur davantage de confiance, de justice, de non-violence… pour peu que les adultes d’aujourd’hui aient la lucidité de partager cette confiance, de conforter leur ouverture à un monde plus solidaire, de protéger leur liberté…
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