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Grèce

Les Grecs refusent la potion amère du FMI

Article publié dans l'Humanité du samedi 24 avril 2010


Tandis que 
le gouvernement faisait appel 
hier au plan 
de « soutien » 
de l’UE et du FMI, les manifestants, 
qui connaissent une dégradation de leurs conditions 
de vie, refusent les mesures drastiques 
et font valoir 
le caractère contre-productif des mesures d’austérité.

L’Humanité lance une pétition en ligne de soutien au peuple grec.


Athènes, envoyé spécial.


Dans la manifestation du 22 avril, à Athènes, Nicolas, étudiant de 22 ans, s’inquiétait : « qu’adviendra-t-il avec l’arrivée du FMI ? » Il aura la réponse sans tarder. Vendredi, à 12 heures, au lendemain d’une importante journée de mobilisation, le Premier ministre grec, Georges Papandréou, a demandé officiellement, « l’activation du mécanisme d’aide conjointe de l’UE et du FMI) » (voir ci contre ). Il signe ainsi la confirmation de l’entrée du pays dans cette spirale d’austérité auquel le mouvement social grec résiste opiniâtrement depuis plusieurs semaines, multipliant les journées de grève générale pour se défendre et aussi pour souligner le caractère dangereux et contre-productif des mesures adoptées. Et les Grecs qui sentent bien qu’on leur enfonce sans cesse la tête sous l’eau, ne sont pas prêts de lâcher. La semaine prochaine s’annonce à nouveau très chargée en manifestations. « Rassurer les marchés », telle est la priorité affichée explicitement par le gouvernement socialiste (Pasok). Il faudrait bien faire face, justifie-t-il, puisque les taux des emprunts d’Etat à 10 ans atteignent des sommets, que le déficit public a été encore revu à la hausse et, enfin, que les fameuses agences de notation, si « laxistes » pour les banques durant le krach de 2008, viennent de baisser la note attribuée à la dette du pays. Pourtant céder au chantage des marchés financiers va encore aggraver les difficultés du pays, proteste l’économiste Yannis Dragasakis. Car, explique-t-il, « la révision du déficit public est dûe à une récession plus forte que prévue. Elle n’est donc pas liée à une hausse des dépenses, mais à une baisse du PIB », c’est-à-dire à une baisse de la production. Et d’ajouter : « le gouvernement a déjà dit avoir pris des mesures dures pour faire baisser les taux d’intérêts, ce qui ne s’est pas réalisé ».

salaires et embauches de fonctionnaires gelés

Le gel des salaires et des embauches des fonctionnaires, la suppression des primes, baisse des retraites et l’allongement de la durée du travail ont contribué en fait à aggraver encore la crise grecque. « La politique du gouvernement a échoué » constate Makis Cavouriaris, un autre économiste proche du mouvement social. Pour lui, « l’UE et le FMI veulent imposer à la Grèce une politique de déflation des salaires et des revenus des ménages… Mais les prix, eux, ne baissent pas ». Au contraire la hausse des prix est la plus élevée de l’UE ( 3,1% entre février et mars 2010, et 3,9% sur un an). Quant au chômage, il a bondi de plus d’un point en un mois, passant de 10,2% en décembre 2009 à 11,3% en janvier 2010 (contre 9,4% un an plus tôt). Les plus précaires et les classes moyennes paient le prix fort du régime d’austérité que l’on veut instaurer aux forceps. Ce sont eux qui forment l’immense majorité du peuple grec. Ce sont eux qu’on retrouve dans la rue avec les enseignants, les artisans… « La décision du gouvernement d’avoir recours au mécanisme de prêts UE-FMI constitue un choix d’alliance visant à servir les intérêts à long terme d’une oligarchie grecque au détriment du peuple », souligne le député européen Georgios Toussas (KKE, parti communiste grec).

« Ces mesures, prises à un moment charnière de l’histoire, seront négatives pour la Grèce et pour l’UE », réagit Kostas Issychos, syndicaliste chez Olympic Airways. Il poursuit : « fortement libérales, les orientations vont mettre en danger non seulement les citoyens, le droit du travail mais aussi la démocratie » . Des oppositions apparaissent jusque dans les rangs du Pasok et de Nouvelle Démocratie (ND, droite). Le député Manolis Kefalogiannis a ainsi affirmé : « le FMI, c’est le gouffre ! Il ne faut pas y recourir. »

À peine Georges Papandreou avait-il annoncé sa décision, que la coalition de gauche Syriza décidait d’une manifestation hier soir dans les rues d’Athènes. Les sondages indiquaient jeudi que 51% des interrogés n’avaient plus confiance dans le gouvernement. Les Grecs ne sont pas prêts à accepter les cures d’austérité qu’on leur impose.

Fabien Perrier

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Tag(s) : #Europe
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