Article paru le 16 avril 2010 dans l'Humanité
Les Grecs redescendent dans la rue contre la casse sociale
Le 22 avril, les fonctionnaires grecs seront une nouvelle fois dans la rue pour exprimer leur mécontentement. L’appel qu’a lancé leur syndicat, l’Union des fonctionnaires (Adehy), est clair : « Nous continuons […] Nous pouvons par notre lutte faire obstacle, renverser des « réformes » injustes et de toute évidence déséquilibrées, rétablir et étendre des droits. » Continuer la lutte : une impérieuse nécessité tant le gouvernement continue ses « réformes injustes » (baisse des salaires, augmentation de la TVA…) qui se soldent par une véritable casse sociale sous prétexte de ramener le déficit public à 8,7 % en 2010, contre 12,9 % du PIB en 2009 (avec une dette publique de 300 milliards). Face à ces comptes « dans le rouge » par rapport aux critères du Pacte de stabilité, le gouvernement doit déposer à l’Assemblée, le 20 avril, un projet de loi sur la réforme de la sécurité sociale, dont les dépenses représentent au total 24,5 % du PIB (un niveau déjà inférieur à la moyenne européenne). En effet, au sens du traité de Maastricht, la dette publique intègre notamment celle des administrations de sécurité sociale.
Les changements qu’elle induit affecteront notamment les retraites. « Alors qu’il faudrait stimuler la demande, tout est fait pour casser l’économie », estime l’économiste Makis Cavouriaris. Pourtant, dans ce pays, selon les statistiques officielles, 22 % des plus de 65 ans sont déjà en dessous du seuil de pauvreté (19 % en Europe, 11 % pour la France). La logique qui préside à cette réforme est purement comptable. Si, selon le porte-parole du gouvernement, Georges Petalotis, « le FMI n’intervient pas dans la rédaction du projet de loi mais offre les connaissances techniques » pour mener la réforme, il semble que ce sont bien ses principes qui sont retenus : l’État ne financera plus les retraites à hauteur de 4,8 % du PIB, comme c’était l’objectif initial du ministre de l’Emploi, Andreas Loverdos. La part de financement étatique doit baisser à… 2,4 %. « Cela signifie que l’application des réformes pénibles, comme la réduction des pensions, le relèvement de l’âge de départ va être mise en place avant 2013 », explique Andreas Petropoulos, spécialiste des questions sociales au quotidien grec L’Aube (Avghi).
Premier élément dans les tuyaux : le désengagement de l’État, donc, en favorisant l’assurance privée. Alors qu’aujourd’hui ce sont les travailleurs, l’employeur et l’État qui cotisent, seule une retraite « basique » de 350 euros serait garantie, augmentée en fonction du nombre d’années travaillées. « Actuellement, ceux qui ont travaillé au moins quinze ans touchent environ 750 euros de retraite ; le nouveau calcul conduirait à une réduction de 20 % à 30 % des pensions », indique l’économiste.
Le journaliste, de son côté, interroge : « Une retraite ne sera perçue à taux plein qu’au bout de quarante années de travail, sans discontinuité, et à un départ à 65 ou 67 ans… Comment cela sera-t-il possible, quand le taux de chômage atteint 15 % à 17 % ? » On touche là le deuxième sujet de préoccupation. Aujourd’hui, il est possible de prétendre à sa retraite à 60 ans. Cette limite sera rehaussée, probablement à 63 ans ou à 65 ans au minimum avec la possibilité d’exercer plus longtemps pour les hommes comme les femmes. Dans un pays où le taux d’emploi des femmes est largement inférieur à celui des hommes (48,7 % contre 75 %), ces dernières verront le montant de leur pension chuter, ou devront travailler plus longtemps encore pour prétendre à une retraite « décente ». Souvent précaires, elles auront du mal, selon les calculs prévisionnels, à obtenir plus de 600 euros de pension (360 euros de retraite basique et 240 euros pour les années de cotisation). « Les Grecs sont extrêmement sensibilisés à cette question », pressent Savas Robolis, directeur de l’Institut du travail. La hausse du mécontentement semble lui donner raison. Le Pame, émanation syndicale du KKE, le parti communiste grec, organise des manifestations. Le syndicat des contrôleurs aériens grecs (EEEKE) a appelé ses membres à faire grève les 22 et 23 avril. Seule la GSEE, qui regroupe les salariés du secteur privé, dont la direction est proche du Pasok, au pouvoir, tarde à réagir… Sur une mesure d’une telle ampleur, qui pénalisera tous les salariés, et grève l’avenir des plus jeunes, la rue pourrait se faire entendre. N’en déplaise au plus gros syndicat qui cherche à ménager un gouvernement qui, lui, ne ménage pas les citoyens.
Fabien Perrier
Part du PIB grec consacrée au fi nancement des retraites : 4,8 % (il doit baisser à 2,4 % avec la réforme) Part du PIB consacrée à l’armée : 4,5 % Âge minimal actuel pour la retraite : 60 ans Après la réforme : 63 ou 65 ans Taux d’emploi des hommes : 75 % Taux d’emploi des femmes : 48,7 %
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