Le CAC 40 chante "Vive la crise ! "
Les grands groupes français ont réalisé près de 50 milliards d’euros de profits en 2009, en légère baisse sur 2008. Au prix du blocage des salaires et de la saignée de l’emploi.
Choquant ? Révoltant ? À coup sûr, du carburant pour les luttes sur les salaires, en plein essor ces temps-ci dans les entreprises. Selon les chiffres quasi définitifs fournis par les sociétés, l’ensemble des groupes du CAC 40 ont réalisé quelque 49 milliards d’euros de bénéfice net en 2009. Soit un recul, limité, de 13,6 %, sur 2008. Le moins que l’on puisse dire est que, comme le soulignait hier le quotidien économique la Tribune, les poids lourds de l’économie française ont « finalement plutôt bien traversé la crise ». En tête du hit-parade des « profitables », Sanofi-Aventis, avec près de 8,5 milliards d’euros de résultat net, détrône le pétrolier Total. Le groupe pharmaceutique est même l’un des rares, hormis les sociétés financières, à avoir vu, durant cette année de crise, son chiffre d’affaires augmenter. Une réussite due, en grande partie, au fait que cette activité est moins sensible à la crise, la Sécurité sociale garantissant la solvabilité du marché. Sanofi-Aventis ayant, de surcroît, touché une bonne part du jackpot qu’a représenté le vaccin contre la grippe A.
BNP-Paribas affiche la plus grosse cagnotte Ce sont cependant les banques et les assurances qui tirent le mieux leur épingle du jeu, avec une multiplication par quatre de leurs bénéfices. La machine à faire de l’argent sur l’argent est repartie (grâce, ne l’oublions pas, au secours financier apporté par l’État aux banques en 2009) et tourne à nouveau à plein régime. Parmi ces financières, BNP-Paribas affiche la plus grosse cagnotte, en valeur absolue, avec 5,8 milliards d’euros de profits, soit presque deux fois plus qu’en 2008. L’assureur Axa, de son côté, peut se targuer de la plus forte progression (+ 290 % de bénéfices, à 3,6 milliards). Seuls 7 groupes du CAC 40 boivent la tasse et présentent un résultat négatif, les constructeurs automobiles détenant le pompon des plus fortes pertes. Même si elles l’ont amortie, les primes à la casse, en France et dans d’autres pays, n’ont pas protégé Renault et Peugeot SA de la baisse de la consommation (leur chiffre d’affaires a reculé de près de 11 %). Le repli de leur activité a impacté d’autres groupes, fournisseurs, à l’image du sidérurgiste Arcelo-Mittal. De même que la crise du marché immobilier a fait sentir ses effets sur Lafarge ou Saint-Gobain, dont le chiffre d’affaires et le bénéfice reculent. Mais pas de quoi changer la couleur du tableau global. Le secret de fabrication de cette insolente cuvée de profits ? Un cocktail de pressions sur les salaires, de coupes sanglantes dans les effectifs qui ont fait fondre la masse salariale (les fameux plans de restructuration qui, sous forme de charrettes de licenciements, de fermetures de sites, continuent de rythmer l’actualité), ainsi que de gels ou reports d’investissements.
augmenter le montant du dividende versé en 2010 Reste à savoir à quoi serviront ces résultats. Le tableau ci-contre livre une bonne partie de la réponse. Quel que soit le niveau de leur bénéfice, et même lorsqu’il est en baisse, la plupart des groupes du CAC 40 s’apprêtent à proposer à leurs assemblées générales de maintenir, au minimum, ou d’augmenter le montant du dividende versé en 2010. Les actionnaires de France Télécom, par exemple, empocheront 1,40 euro par action, autant qu’en 2008. Le groupe réussira le tour de force de distribuer, au titre des dividendes, 3,1 milliards d’euros, soit davantage que son résultat net (2,9 milliards). Technip, malgré un résultat net en baisse de 62° %, augmente le dividende de 12,5 %. Autre exemple, le coupon de L’Oréal est revalorisé de 4 %, alors que ses profits ont baissé de 8 points, tout en approchant tout de même les 2 milliards d’euros. Des chiffres dégageant un fort parfum de provocation pour les salariées de l’usine YSL Beauté, à Lassigny (voir ci-contre), en grève depuis mercredi.
Yves Housson
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)