Les femmes de Paca encore plus pauvres
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Article paru dans La Marseillaise du vendredi 17 décembre 2010 |
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Selon l’Insee, près de 16% des femmes de la région vivent sous le seuil de pauvreté contre 13% des hommes. C’est plus qu’au niveau national.
Dans la région, l’écart de pauvreté entre hommes et femmes est encore plus marqué qu’en France. Une étude de l’Insee publiée hier
établit à près de 16% la proportion de femmes adultes en Paca qui vivent sous le seuil de pauvreté, c’est à dire avec moins de 908 euros par mois et par unité de consommation, contre 13% des
hommes qui sont dans le même cas. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène.
Tout d’abord, les femmes connaissent plus souvent des situations familiales fragiles. En Paca, 285 000 enfants vivent avec leur
mère. 86% des parents isolés sont des femmes. Elles sont ainsi plus fortement exposées à la pauvreté. 35% des mères isolées vivent en dessous du seuil de pauvreté contre 22% des pères qui
connaissent la même situation. Agir en direction des familles monoparentales apparaît donc comme un levier potentiel pour faire reculer la pauvreté.
Les femmes seules sont également plus fortement touchées par la pauvreté. Souvent âgées, les deux tiers ont plus de 60 ans, les
femmes seules sont 18,4% à être pauvres au sens de l’Insee. En cause : des revenus faibles, notamment des pensions de retraites deux fois moins importantes que les hommes.
Une femme sur deux en emploi
Ensuite, la situation professionnelle est le deuxième facteur explicatif des différences de niveaux de vie entre hommes et femmes.
Car, à situation familiale égale, la pauvreté des femmes reste supérieure à celle des hommes. Les femmes sont moins présentes sur le marché du travail que les hommes. Et lorsqu’elles le sont,
elles subissent plus souvent le chômage que ces derniers. 55% des femmes occupent un emploi dans la région contre 60% au niveau national et 65% d’hommes de Paca. L’arrivée d’un deuxième enfant
accentue l’écart homme-femme de 6 points. Avec un troisième enfant, l’écart s’étire de 27 points.
Paca se place avec la Corse, le Languedoc-Roussillon et le Nord-Pas-de-Calais parmi les régions où le taux d’emploi féminin est le
plus bas. A l’opposé du classement, l’Ile de France, la région Centre ou Rhône-Alpes dépassent la barre des 60% de femmes en emploi.
D’autres données liées à l’emploi aggravent le taux de pauvreté des femmes. Dans la région, deux tiers des CDD sont occupés par des
femmes. 31% des salariées travaillent à temps partiel soit trois fois plus que les hommes. 12% des femmes travaillent moins de 15 heures par semaine.
8% d’écart de salaires inexpliqué
Si le niveau de diplôme réduit l’écart des salaires (cf graphique), il ne l’efface pas. Les secteurs les moins bien rémunérés tels
que l’action sociale ou les services personnels sont aussi les plus féminisés. Cette donnée engendre des salaires mensuels inférieurs de 17% chez les femmes de 15 à 29 ans dont le niveau de
diplôme est comparable aux jeunes hommes. Elle appelle la mise en œuvre de politiques publiques promouvant la mixité professionnelle.
Une fois neutralisé l’effet du temps de travail, du secteur d’activité, de la qualification et de l’âge, restent 8% d’écart de
salaires homme-femme dans la région. Un état de fait qui interroge sur l’efficacité des politiques menées pour faire respecter le principe d’égalité.
LÉO PURGUETTE
« Je vis dans une précarité extrême, là pour le mois de décembre je ne toucherai rien, pas un euro. » Calme et posée, Laurence* déroule le fil de sa vie jusqu’à ce « bug » de la Sécurité sociale qui lui prélève en intégralité un trop perçu, la laissant sans ressources en cette veille de Noël. Pas de misérabilisme ni de colère dans les propos de cette « battante » comme elle aime à se définir, juste le constat d’un enchaînement de galères. Cette Marseillaise célibataire, 53 ans, sans enfant, aujourd’hui en invalidité, revendique presque son statut de « petite gens ». « Mon père était éboueur, ma mère femme de ménage, ça ne m’a jamais dérangé de ne pas avoir d’argent », affirme Laurence. Sans diplôme, elle a commencé à travailler à l’usine à 17 ans.
Puis elle a enchaîné dans la restauration, la manutention. « J’ai été une des premières femmes à entrer en cuisine, ça n’a pas été facile, j’ai connu la misogynie, témoigne-t-elle, après j’ai fait manutentionnaire le matin et femme de ménage l’après-midi. » Arrive le chômage, la crise. Laurence ne se démonte pas, elle se met au vert et s’exile en Ardèche durant quatre ans avec sa compagne. « Imaginez, un couple de filles dans la France profonde, on ne nous a jamais acceptées, nous sommes rentrées à Marseille », poursuit-elle. Cette fois c’est son corps qui la lâche. « 20 ans de manutention ça m’a usé mais tant que j’avais la santé je m’en foutais… »
Elle doit faire avec 494 euros d’indemnités par mois. « 42 euros de mutuelle, je n’ai pas droit à la CMU, 45 euros d’EDF, 180 euros de loyer, 12 euros d’assurance de la maison, 30 euros de téléphone fixe et 15 euros de portable, le calcul est vite fait, il ne me reste pas grand chose pour vivre », égrène Laurence. La débrouille, c’est son quotidien : « Par exemple, le soir je fais les poubelles pour récupérer des bibelots, des meubles que je donne à une copine qui les retape. En échange, elle me donne un paquet de cigarettes, une bouteille de soda. »
Parce que ça l’aide « à tenir », Laurence prend des cours de théâtre, est devenue bénévole au Secours populaire. « On rencontre des gens, on s’apporte dans la discussion et on se rend compte qu’il y a encore plus pauvre que soi », confie-t-elle. Son avenir, elle le voit en noir évidemment. « Ce ne sera pas pire que maintenant. Mon rêve ce n’est pas Tahiti, juste avoir mon loyer payé et à manger sur la table et puis la santé… »
M.R.
*Le prénom a été changé.
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