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Temps sombres sur les squats

 

 

 

Article paru dans La Marseillaise du lundi 16 août 2010

 


A La Capelette, les roms ont pris les devants et fait leurs valises. MARIE-LAURE THOMAS
A La Capelette, les roms ont pris les devants et fait leurs valises. MARIE-LAURE THOMAS
Roms. Pour que les expulsions de « camps » s’accentuent, il faut bien qu’elles soient motivées.


A Massy Palaiseau, à Montreuil, à Saint Etienne, à Lyon, à Caluire, à Montpellier Garosud : partout en France, les expulsions de « camps illégaux » s’intensifient sans que ces actions n’aident à résoudre la situation intolérable à laquelle sont réduites les familles roms migrantes…et le funeste message du ministère de l’intérieur passe.
    Dans le 10e arrondissement de Marseille, à la Capelette, les familles roumaines réfugiées dans une friche industrielle de la rue Curtel, font leurs bagages; Les voiture gonflées à bloc quittent les lieux. « La police est venue leur signifier qu’ils avaient jusqu’au 15 août pour déguerpir », précise l’association Artriballes, seule sur le terrain au cœur de la période estivale. « On nous a fait signer des papiers mais je ne sais pas quoi, je ne sais pas lire le français. Alors, on rentre en Roumanie », lâche un père de famille pour évincer une question à double tranchant. Les enfants scolarisés à l’école Chabanon ne seront pas présents à la rentrée.  Les parents ont pris les devants car ils veulent « leur éviter l’arrivée des CRS. C’est toujours violent, même quand on ne s’oppose pas. On ne nous laisse pas le temps de prendre nos affaires ».


A chaque demande, l’expulsion est accordée


    A chaque requête d’expulsion, la préfecture a promis d’accorder le concours de la force publique. C’est en effet un manège aux rouages bien huilés qui tourne depuis plusieurs années à Marseille. Les expulsions se jouent juste à un rythme plus soutenu depuis que le gouvernement les a publiquement encouragées. Elles sont aussi plus médiatisées depuis juillet. Et alors même que Genève le fustige, le président Sarkozy prie le gouvernement roumain d’avoir l’amabilité de garder ses pauvres. Or, s’il y a expulsion, c’est qu’il y a sollicitation. Elle ne peut l’être que du propriétaire du terrain ou du voisinage pour trouble à la quiétude publique. Car c’est d’insécurité qu’on nous parle.
    C’est le cas au Roucas blanc ou le CIQ Oriol-Autran transmets une pétition qu’il a fait courir dans le Vallon d’Oriol depuis novembre dernier, au maire des 1/7, au Maire de Marseille, au président de MPM ainsi qu’au préfet de région. L’ancienne maison des cantonniers est squattée par « un petit groupe de roms qui a en permanence 1 à 3 véhicules garés devant l’entrée obligeant les passants à marcher sur la chaussé » plonge le quartier dans un « sentiment d’insécurité »*. Certains pourraient plutôt voir dans ce stationnement à cheval un signe d’intégration marseillaise. Charge à Patrick Mennucci, Jean-Claude Gaudin, Eugène Caselli et Michel Sappin d’apprécier.


« Si on nous chasse, il faudra tout recommencer »


    Au milieu de superbe villas, la petite baraque est tranquille, ses trottoirs sécurisés par des bornes et quelques voitures sagement garées sur le parking mitoyen. A l’intérieur, un jeune homme, un père et sa fille de 7 ans, un jeune couple et leur bébé né il y a à peine 15 jours. Le local a été nettoyé de ses araignées et aménagé avec l’essentiel : quelques lits, une table, une chaise et un petit réfrigérateur au ventre vide.
    « On est arrivé il y a six mois en France. On s’est installé dans cette petite maison car les grands groupes font peur aux gens. On ne vole pas, on vient travailler. Ici, avec la manche, les poubelles, le métal on gagne bien plus qu’en Roumanie où on n’a pas de maison, rien. Et là on peut aller à l’hôpital. Ma fille va à l’école …», explique Mustate en italien, pays où il a transité, en s’excusant de ne pas encore maîtriser la français.
    Surpris par l’action en cours du voisinage, il liste « on fait pourtant bien attention à ne pas déranger, on remet les poubelles en état quand on a fini de trier. Devant le Casino où je fais la manche, j’aide aussi à ranger les paniers, les courses ». Avant d’ajouter : « si on nous chasse encore, il nous faudra trouver un autre abri et tout recommencer . Comment faire? Moi je veux juste que ma fille ait un avenir». On se demande bien qui, du petit Daniel qui vient de naître ou des habitants du vallon, est le plus en danger.


MYRIAM GUILLAUME

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Tag(s) : #Société
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