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La réforme vue par le terrain

Article paru dans La Marseillaise du lundi 22 novembre 2010

 

 Pour les agents de terrain, il devient difficile de faire respecter les droits de l’enfance… LAURENT SACCOMANO
Pour les agents de terrain, il devient difficile de faire respecter les droits de l’enfance… LAURENT SACCOMANO

Surchargées, les assistantes sociales dénoncent le manque de moyens pour la protection de l’enfance.

« Une réforme décevante ». Les intervenants du débat sur la protection de l’enfance, organisé par le conseil général des Bouches-du-Rhône à l’occasion de la journée des droits de l’enfant célébrée samedi, sont extrêmement critiques sur la réforme du secteur impulsée en 2007. Le ton monte encore quand il s’agit d’envisager l’avenir. La défenseure des enfants, Dominique Versini, lâche même le mot de « révolution : quand on a acculé les gens, quand on leur enlève leur dignité, je me demande ce qu’il reste d’autre ». « Il faut militer », conclut, pour sa part, l’historienne Michèle Becquemin, « ce n’est qu’en se battant qu’on y arrivera ». Celle-ci en profite pour s’interroger sur l’intitulé du débat : « La protection de l’enfance face à la crise ? Je dirais prise dans la crise. Il y a un processus violent, qui échappe aux protagonistes, avec un renouvellement des élites, des restructurations dont certains vont sortir perdants, d’autres gagnants. »

« 17 de nos équipes sont en droit d’alerte »


Voilà pour les propos tenus dans l’amphithéâtre du conseil général. Dans le hall, des assistantes sociales (AS) syndiquées à la CGT et à la FSU, diffusent des tracts et font signer des pétitions. « 17 de nos équipes sont en droit d’alerte », explique Valérie Marque, déléguée CGT. « Ce qui veut dire qu’elles ne peuvent plus prendre en charge un enfant supplémentaire, qu’elles sont surchargées. Le premier droit d’alerte remonte à février 2009 et n’a toujours pas été levé. »
Autour, des AS discutent. « Avec cette réorganisation sans budget à la hauteur, on déshabille l’un pour habiller l’autre. Dans le 13e arrondissement de Marseille, on a pris deux filles pour renforcer la protection de l’enfance qui était à bout. Résultat, la polyvalence fonctionne désormais à 8, pour le plus grand secteur de la ville ! », s’enflamme l’une. « On ne peut plus faire de prévention. Dans les quartiers Nord, on s’est retrouvé avec un cas de scorbut et on n’a rien vu venir ! », tempête une autre. « Les projets deviennent autonomes et on ne rend plus les mêmes services à Gardanne ou à Vitrolles. Ce n’est pas ça le service public ! », s’énerve une dernière. « On ne peut plus travailler ainsi. Il nous faut 80 postes supplémentaires pour le travail habituel et une trentaine pour faire de la prévention, synthétise Valérie Marque, et là, on n’en a eu que 12. »

Le ton monte


Si le tract pointe le désengagement de l’Etat, il invective aussi le conseil général. « Elles se trompent de cible », lâche Michel Amiel, conseiller général (PS) en charge du secteur. S’il confirme la création de 12 postes, il veut aussi rappeler que « en remplaçant les postes vacants et en redéployant sur le terrain du personnel jusque là affecté à de l’administratif, on est passé de 1 064 postes dans les maisons départementales de la solidarité en 2009 à 1 168 postes en 2010 ». Et d’attirer aussi l’attention sur les « 189 millions d’euros de budget pour le secteur, le 4e poste du département, en hausse de 1,9% par rapport à l’an dernier. Le tout sur fond de réforme des collectivités, de fin de la taxe professionnelle et du pseudo fonds national »*.
Mais un budget, fut-il à la hausse, ne saurait être apprécié qu’au regard de la charge de travail et des besoins de la population. Là, le conseiller général n’a pas la même analyse que les syndicats en lutte. « Nous avons encore les moyens de faire notre travail », assure-t-il. Même si, dans la foulée, il prévient, « à terme, ce ne sera plus le cas. La pauvreté s’aggrave, les problèmes de logements empirent et je ne vois aucun signe tangible de sortie de crise. Et la politique menée par le gouvernement risque, à terme, de faire des conseils généraux des tiroir-caisse de l’Etat pour l’action sociale. »
En Seine-Saint-Denis, Saône et Loire et Lot et Garonne, les présidents socialistes des conseils généraux ont, eux, estimé que la situation était déjà dans le rouge. Ils ont attaqué l’Etat devant le Conseil d’Etat pour obtenir les moyens de financer la politique de protection de l’enfance.

ANGELIQUE SCHALLER

* Prévu en 2007 pour la protection de l’enfance et évalué à 150 millions d’euros, ce fonds n’a été créé qu’en mai dernier et a dû se contenter de… 10 millions.

 

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Tag(s) : #Société
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