Le vélo, un véritable phénomène de société. Photo MLt
Président du Comité Provence de la Fédération Française de Cyclisme, le très passionné Michel
Bergeat croit au grand retour de la petite reine. De la campagne vers la ville, cette fois. A la condition que la ville se fasse accueillante…
“Ce type de vélo de course à pignon fixe était autrefois utilisé par les coureurs pour parfaire leur
entrainement. Aujourd’hui,c’est un vélo de ville adopté d’abord par les coursiers américains puis par tous les jeunes cadres à la mode. Ils portent des blousons et des jeans de
marque avec une réplique d’ancien maillot Brooklyn ou Molteni et se payent pour se déplacer en ville des bicyclettes prestigieuses qui n’ont rien à voir avec les Vélib que l’on
connaît. Désormais le vélo c’est deux phénomènes à la fois. Un phénomène de mode et un phénomène de société.”
Installé sur un rond -point de Fuveau, entre ville et campagne, Michel Bergeat admire un superbe
Colnago Fixie emprunté à un ami. Président du Comité Provence de la Fédération Française de Cyclisme, l’homme est un passionné. Non seulement de cyclisme, c’est à dire de
compétition, mais de vélo. Le distingo qu’il établit en préambule est pour lui une ligne de démarcation informelle. Pour lui le cyclisme se nourrit du vélo. Et c’est parce que
le réservoir de pratiquants était énorme autrefois que le cyclisme s’est développé aussi comme pratique sportive mythique.
“Dans les années quarante et cinquante, le vélo c’était l’outil avant tout. Un moyen de transport populaire que des millions de Français et donc des dizaines de milliers de
Provençaux utilisaient quotidiennement pour se déplacer. Qu’il s’agisse de trajets pour se rendre au travail ou même de loisirs. Dans ces années là le vélo était le sport numéro
Un absolu. Le stade-vélodrome était archicomble pour les courses de vélo et aux trois quart vide pour le football. La moindre course de quartier ou de village rassemblait des
centaines de coureurs. Puis le pays s’est modernisé. Les gens ont abandonné le vélo pour le scooter, la moto et l’auto. D’année en année, le nombre des pratiquants et donc des
coureurs s’est réduit. Mais depuis deux ou trois ans c’est le grand retour du vélo. Avec le renchérissement de l’essence et la lutte pour la préservation de l’environnement, les
citadins reviennent au vélo. Et ils commencent à redécouvrir la pratique loisir et la pratique sportive. Cette année nous avons enregistré 500 licenciés de plus pour la seule
Provence. Et encore je ne parle que de coureurs. Car chez nous, contrairement à l’UCI qui régit le vélo au niveau mondial, il y a une fédération pour les coureurs, la FFC, et
une autre pour le cyclotourisme, la FFCT”.
“Un sport de mixité
sociale”
Et Michel Bergeat d’évoquer avec enthousiasme la multiplication des grandes épreuves cyclosportives de masse telles que les Bosses du 13 organisée par le célèbre Vélo-club de La
Pomme.
“C’est merveilleux de voir des milliers de cyclistes se partager les lacets de la Sainte Baume ou de la Gineste. Ces grandes épreuves populaires brassent un public énorme et
totalement mélangé. L’ouvrier et le cadre se côtoient sans problème. Le cyclisme est un sport de mixité sociale. Et sa pratique en ville, pour les déplacements cette fois,
génère un retour formidable à d’autres valeurs que la puissance et la vitesse. Moi je suis vraiment enthousiaste. Mais je dois dire aussi que je suis inquiet. Car la majorité
des nouveaux utilisateurs du vélo en ville, à commencer par ceux du vélib, n’ont que très peu de pratique. Et lorsque l’on voit que les centres urbains, comme à Marseille, sont
peu ou pas aménagés pour la pratique du vélo, on peu craindre le pire. D’autant que le port du casque n'est pas obligatoire, ce qui pour moi est une hérésie.”
Sans se départir de son sourire et de son enthousiasme, notre Président évoque quelques solutions pratiques à mettre en œuvre rapidement par les villes, les départements ou la
région. A la condition évidemment que les élus locaux en fassent la demande, le Comité régional FFC serait prêt à agir en liaison avec les clubs.
“Nous pourrions organiser régulièrement des stages de formation ou de perfectionnement pour les usagers du vélo en ville. Encadré par des cyclistes confirmés, ces mini-stages
permettraient à chacun de mieux saisir la conduite et la pratique. Car un vélo en ville ce n’est pas si simple. De la même manière je crois qu’il faudrait aussi responsabiliser
tous ces nouveaux pratiquants. Car certains croient à tort que le vélo est un passe-droit qui permet d’oublier le code de la route. D’une part c’est interdit. D’autre part c’est
dangereux. Evidemment il faudrait aussi que les collectivités en charge des dossiers se décident à nous subventionner. Ce qui n’est pas le cas
actuellement.”
Rencontre Salvatore Lombardo
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