Le PCF n’abandonne pas le terrain à Marine Le Pen
Deux jours avant le congrès du Front national qui s’ouvre aujourd’hui, à Tours, pour officialiser le passage de témoin entre Jean-Marie Le Pen et sa fille à la direction du parti d’extrême droite, le PCF a voulu marquer symboliquement qu’il n’entend pas lui céder un pouce de terrain. Le lieu choisi pour cela, jeudi, par Pierre Laurent, secrétaire national : la terre ouvrière du Pas-de-Calais, département à la longue tradition de lutte et de résistance. En route vers le Calaisis, Pierre Laurent a fait une halte à Hénin-Beaumont, où Marine Le Pen a jeté son dévolu pour conquérir les suffrages d’une population «au cœur à gauche mais à la colère noire», raconte David Noël, secrétaire de la section communiste de la ville. Ici, tous les terreaux propices à l’enracinement du Front national s’entremêlent : une situation sociale difficile, avec son lot de chômage et de précarité, des craintes sur l’avenir de l’industrie, et une gauche qui a éclaté sous l’effet des affaires de corruption de l’ancien maire socialiste de la ville. Depuis, Hénin-Beaumont vit au rythme du feuilleton judiciaire : «L’ex-maire Gérard Dalongeville remis en liberté avec un bracelet électronique», pouvait-on lire, vendredi, sur les manchettes de la presse locale affichées à l’entrée des cafés. «Quand la confiance en la gauche est perdue, l’imposteur récupère la colère pour mieux diviser les travailleurs : salariés contre chômeurs, Français contre étrangers», explique David Noël.
Pas de banalisation
Un danger que Pierre Laurent n’entend pas laisser banaliser, dans le Pas-de-Calais comme ailleurs. Et d’inviter les médias «à cesser de prêter leur concours à cette opération de marketing insupportable» visant à présenter le FN de Marine Le Pen comme plus «démocratique» et plus «social». «Le changement d’image du FN c’est du pipeau ! Repeindre l’image du FN, en passant du père à la fille, c’est comme mettre du vernis sur du bois pourri, explique le secrétaire national du PCF. Aux ouvriers, aux travailleurs, nous disons qu’utiliser le bulletin de vote FN, c’est comme prendre du Mediator. On croit se soigner et, en fait, on s’empoisonne. Marine Le Pen n’est pas une alternative à Sarkozy, ce serait plutôt une descente aux enfers. D’ailleurs, avez-vous jamais entendu Nicolas Sarkozy s’en prendre à Marine Le Pen ? Jamais. Et pour cause ! C’est le recours idéal de l’UMP pour se sauver la mise en 2012. Marine Le Pen, c’est le sarkozysme poussé jusqu’au bout», avec la mise en cause des acquis sociaux, la casse de la retraite, des 35 heures, des services publics, les attaques contre les fonctionnaires. «Le FN n’est rien d’autre que du venin dans les artères du mouvement populaire et ouvrier. Nous ne le laisserons pas gagner du terrain en changeant de visage pour faire croire aux travailleurs qu’il serait de leur côté.»
Peu avant de tenir ces propos, Pierre Laurent a déposé, avec Cathy Apourceau-Poly, responsable fédérale communiste et conseillère régionale, une gerbe de fleurs au monument érigé en mémoire des mineurs résistants, dont de nombreux communistes, à Montigny-en-Gohelle. L’endroit d’où est partie la grande grève des mineurs de mai 1941, provoquée par la carence du ravitaillement des mineurs, le blocage des salaires, l’allongement de la journée de travail, et, détonateur, la décision de payer les salaires par équipes. Un détour par l’histoire pour rappeler l’actualité du combat de la Résistance face à une extrême droite toujours menaçante pour les droits et les libertés des travailleurs.
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