Le Grand emprunt pourrait miser sur la rentabilité !
Avant d’être reçue hier en début d’après-midi par le ministre du Travail, Xavier Darcos, et celui du Budget, Eric Woerth, la présidente du Medef, Florence Parisot, à l’occasion d’une conférence
de presse matinale, a planté le cadre qui devrait être selon elle celui du « grand emprunt » que le gouvernement entend lancer en 2010. « Ce grand emprunt ne sera utile que si
les projets qu’il va créer sont d’une manière certaine rentables à un horizon raisonnable, dans les 10 à 15 ans, a-t-elle déclaré. Le critère de rentabilité est essentiel (…). Nous recommandons
que les études d’impact soient menées jusqu’au bout. » La dirigeante patronale a ainsi le mérite de situer d’emblée le véritable enjeu de ce grand emprunt. Au-delà de la nature des
activités qu’il dot aider à financer, quels critères doivent l’inspirer, quelle doit être la finalité des financements ?
La CFTC, seul syndicat de salarié reçu aujourd’hui, à sa sortie du ministère du Travail, a elle aussi, à sa façon, évoqué cette question des critères en affirmant que pour elle « la priorité est que l’emprunt soit affecté à court terme à la réponse aux besoins sociaux comme l’emploi » avec notamment « la construction de maisons de retraite, de logements ou d’infrastructures ». Rappelons que la CGT, pour sa part, a refusé de participer à ce qu’elle a qualifié de « semblant de concertation ». Auparavant, au micro de RMC et de BFM TV, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, tout en refusant d’indiquer quel serait le montant de l’emprunt a déclaré qu’il fallait « un investissement massif, donc un grand emprunt, à la hauteur des enjeux ». Il a en outre annoncé que l’affaire serait lancée « plutôt début » 2010. Mais il s’est bien gardé de préciser la vocation de l’opération.
On en vient à se demander si celle-ci n’est pas pour partie de favoriser un consensus politique autour d’une certaine conception de l’intervention publique et de la croissance. Ce n’est pas un hasard si les deux coprésidents de la commission chargée de définir, dans les deux mois, les « priorités stratégiques » de l’emprunt sont deux ex-premiers ministres, l’un de droite, Alain Juppé, l’autre de gauche, Michel Rocard, Quelle est cette conception ? C’est celle qui revient à considérer que l’on peut permettre à la France de rattraper son retard en matière de Recherche-développement simplement en distribuant de l’argent aux grands groupes alors que dans le même temps on réduit le nombre de postes de chercheurs dans la recherche publique, que l’on s’apprête à supprimer 16 000 postes à l’Education nationale.
On peut ainsi douter de
l’efficacité d'aides publiques qui pour financer des investissements ne prennent pas en compte le critère de l’emploi efficace, de la formation et de l’élévation des qualifications et qui
n’imposent pas d’exigences chiffrées en ce domaine. On le constate notamment avec l’effort consenti par la puissance publique au travers du crédit d’impôt recherche. Les grands groupes ont
ainsi bénéficié à ce titre d’une manne de 1,2 milliard d’euros en 2007 alors que la dépense en matière de R&D en France continue d’être inférieure à la moyenne européenne et que
l’investissement privé en R&D en France est sensiblement en dessous de celui des pays les plus développés. Le récent rapport du conseil des prélèvements obligatoires évoque ainsi
« l’effet incertain des incitations à la R&D ».
Pierre Ivorra
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