Article paru le 21 avril 2010 dans l'Humanité
Le laboratoire sécuritaire de Sarkozy
Entourée d’un périmètre ultrasécurisé, la préfecture de Bobigny ressemblait hier à une forteresse imprenable. Depuis la veille, 11 heures, les usagers venus y faire refaire leur passeport ou leur permis de conduire étaient invités à faire demi-tour. Motif : la visite annoncée de Nicolas Sarkozy, qui a décidé de réinstaller au premier plan son thème fétiche, la sécurité. Le chef de l’État a donc choisi, hier, l’intronisation du nouveau préfet du département, l’ancien patron du Raid, Christian Lambert.
Une occasion rêvée pour renouveler devant une nuée de caméras un discours sécuritaire qui n’est que le point d’orgue d’une semaine entièrement dédiée à la question. Nicolas Sarkozy recevra en effet, ce mercredi, les syndicats de policiers et terminera la semaine avec les huiles de la gendarmerie. Plusieurs déplacements en Seine-Saint-Denis sont aussi annoncés dans les semaines à venir, « pour soutenir le ministre de l’Intérieur ». Lutter contre la délinquance et « les voyous », voilà donc l’obsession du président. Qui dit entendre aussi que le département a d’autres difficultés. Mais reste bizarrement très flou sur le sujet : le chômage, concède-t-il sans plus de détails, y est « plus élevé que dans d’autres départements ». C’est que, pour lui, « la sécurité », « premier des droits républicains », est une priorité sans laquelle aucun développement ni aucun progrès social n’est possible. Et d’annoncer un panel d’actions plus répressives les unes que les autres, des « interventions sans restriction dans les halls d’immeubles », la multiplication de la vidéosurveillance, une mobilisation accrue des agents du fisc destinée à traquer « ceux qui roulent dans des voitures qu’ils ne peuvent pas se payer puisqu’ils sont sans emploi », et un assortiment de mesures visant plus particulièrement les jeunes délinquants, lycéens perturbateurs ou absents « Nous payons les conséquences de plusieurs décennies de laxisme », justifie Nicolas Sarkozy.
Dans l’auditoire, parfois, des dents grincent. Une main se lève, brandissant un panneau sur lequel on lit : « Le problème en Seine-Saint-Denis, c’est aussi les 640 millions d’euros que l’État nous doit. » Une référence aux transferts de compétences subis par les départements, sans contrepartie financière. Pas sûr que les photographes présents aient eu le temps de saisir la scène : aussitôt, plusieurs malabars à oreillette enjoignent l’élu – Jean-Jacques Karman, conseiller municipal PCF d’Aubervilliers et conseiller général – de renoncer à son acte de bravoure. Ils ne le quitteront plus d’une semelle. Ancien médecin, le maire (PS) de Clichy-sous-Bois, Claude Dilain, glisse de son côté : « Quand une personne est malade, tout le monde s’accorde à lui donner de l’aspirine ; mais cela ne sert à rien si on ne cherche pas à guérir le mal en profondeur. »
Anne Roy
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