La remise en cause des 60 ans : la plus injuste des mesures
Article paru dans Le Patriote du 16/06/2010
Aujourd’hui 60 ans est l’âge légal à partir duquel on a le droit de toucher une pension de retraite. Le recul à 62 ans que le gouvernement veut imposer par sa réforme est la plus injuste des mesures pour au moins deux raisons.
Elle s’accompagne du décalage de 65 ans à 67 ans pour la retraite à taux plein. Or de très nombreux salariés, et principalement des femmes, ne liquident leur pension de retraite qu’à 65 ans faute d’avoir les trimestres de cotisations suffisants. L’âge d’arrêt de l’activité et l’âge de la perception d’une pension n’est pas le même. (1) Ainsi en 2009, 1 femme sur 4 n’a liquidé sa pension de retraite qu’à 65 ans pour ne pas subir de "décote". En portant cet âge à 67 ans, la proposition gouvernementale va aggraver la situation de millions de personnes entre 60 et 65 ans et en attente d’une pension complète. Ce recul à 62 ans - au rythme de 4 mois de plus par an à partir de 2011 - est également une mesure qui va pénaliser celles et ceux qui ont commencé le plus tôt. Le dispositif pour partir avant l’âge légal, dès lors que le salarié a son nombre de trimestres de cotisations connait de plus en plus de restrictions. Inégalités aggravées. Inégalités encore lorsque l’on sait que l’espérance de vie pour un ouvrier et pour un cadre connait une différence de 7 ans. Avec des millions de personnes pour lesquelles la possibilité de vivre des années de retraites en bonne santé se situe justement entre 60 et 68 ans. Inégalités toujours, lorsque la mesure de la pénibilité, n’est pas renvoyée à des dispositifs collectifs concernant des métiers, mais seulement à un examen individuel médical confirmant que pour vous "il est déjà trop tard", après que le MEDEF vous ait essoré jusqu’au bout de votre employabilité. Mensonge sur "l’espérance de vie". Xavier Bertrand a prétendu qu’en 1982, lors de la mise en place de la retraite à 60 ans, une personne avait 10 années d’espérance de vie, alors que maintenant ce serait 22 ans. FAUX ! En 1980, l’espérance de vie pour les hommes était de 17,3 ans et de 22,4 ans pour les femmes. Depuis, l’espérance de vie a progressée de 4 et 5 ans seulement. De même la situation démographique française est loin d’être aussi désespérée que le gouvernement tente de le faire croire. Le taux de fécondité est de 2 ce qui assure un renouvellement des générations ( à la différence de l’Allemagne et de l’Italie par exemple ). Et si le nombre de retraités va bien augmenter de 13 million à 22 millions dans quelques décennies, l’évolution de la productivité fait que dans quarante ans, la production par actif aura elle-même doublée en moyenne. Il n’y a donc aucune fatalité démographique ! Une des réformes les plus dures en Europe Alors que le gouvernement prétend faire une réforme qui "refuse la baisse des pensions", la marque des réformes opérées en 1993 puis en 2003 est déjà forte. Alors que le taux de remplacement moyen (2) était de l’ordre 75 à 70 % en moyenne (retraite complémentaire comprise), les études d’impact des réformes Balladur-Fillon correspondent à une baisse de celui-ci de 15% à l’horizon 2040, soit 55 à 60% du dernier salaire. Aves le recul de l’âge légal de la retraite, l’ensemble aboutit à l’une des réformes les plus régressives en Europe. Salaires et emplois ignorés. A l’injustice cette réforme allie l’inefficacité. C’est aujourd’hui et dans les dix prochaines années que l’essentiel des déficits se creusent. La cause n’est pas principalement démographique mais économique. Même la Conseil d’Orientation des Retraites a du reconnaitre que la récession, la perte de plus de 600 000 emplois, la précarité et le chômage, étaient les principales raisons de l’aggravation des déficits (10 milliards en 2009) avec un manque à gagner de l’ordre de 20 milliards d’euros pour la protection sociale. La question centrale est celle de l’emploi des 20-30 ans et des 50-60 ans et du sous emploi global de 5 millions de personnes. Or 100 000 emplois, c’est 1,5 milliards de recettes pour la protection sociale. Le recul de l’âge de la retraite n’y portera pas remède et aggravera même ce sous emploi global. Avec une proportion de salariés payés au SMIC passée de 7% à plus de 15% en une vingtaine d’années, la faiblesse des salaires amputent également les ressources de la protection sociale. Les exonérations de charges patronales jouant le rôle de trappe à bas salaires : elles sont maximales si le salaire est au SMIC. Les deux dimensions, emplois et salaires, sont indispensables pour faire face aux déficits à court, comme à moyen et long terme. Elles interpellent les choix de partage des richesses crées entre le capital et le travail et l’utilisation des ressources disponibles (privées et publiques), tout en incitant à des mesures pour une croissance économique utile, riche en emplois et salaires. Des questions décisives La part des dividendes (bénéfices distribués) a augmenté dans le PIB de 5% en 25 ans, passant de 3% en 1982 à 8% en 2007. C’est exactement ce qu’il faudrait pour porter de 13% à 18% la part du PIB consacrée aux retraites et permettant à la fois de faire face à l’augmentation du nombre de retraités, d’assurer une retraite à 60 ans, avec un taux de remplacement de 75%, et de revenir sur les réformes Balladur et Fillon précédentes. La Bourse ou la Vie ? c’est bien toute la question. De même, les propositions défendues notamment par Catherine Mills (4) visant à taxer les revenus des placements financiers des entreprises et des banques au même niveau que les salaires, et à moduler une partie des cotisations sociales en fonction des choix de gestion des entreprises en matières de salaires et d’emplois seraient déterminantes. Taxer les revenus financiers des "personnes morale" est indispensable pour rendre moins attractives les activités spéculatives (rapport possible 24 milliards d’euros). Moduler une part des cotisations sociales, en favorisant les entreprises qui développent les salaires, l’emploi stable et qualifié, et en pénalisant celles qui précarisent, délocalisent, et surexploitent le travail, est également un outil fort pour réorienter l’utilisation des richesses dans l’économie, au même titre qu’une sélectivité du crédit pur favoriser les activités utiles, socialement et écologiquement responsables. Qu’il s’agisse de la justice ou de l’efficacité, il y a toutes les raisons de combattre la réforme Woerth-Fillon-Sarkozy.
Jean Paul Duparc
(1) c’est aussi vrai d’ailleurs pour les privés d’emplois âgés de moins de 60 ans, souvent dans des sas d’attente ou de transition, RSA, Allocations chômage, etc... (2) rapport entre la retraite/ le salaire (3) nombre d’enfants par femme en âge de procréer (4) Economiste, membre du Conseil National du PCF
Equité mensongère
Dans sa présentation, le ministre Woerth fait grand cas des quelques mesures qui vont écornées les hauts revenus et ceux du capital pour un montant estimé à environ 3,7 milliards d’euros. Alors parlons clair, les hauts revenus et les revenus du capital ont bénéficié depuis 2002 d’une véritable "contre réforme fiscale" ; au point que Patrick Arthus, économiste auprès du groupe Caisse d’Epargne, estimait qu’un alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail pourrait générer en France 100 milliards d’euros de recettes.
Prenons un exemple, on nous dit que les "Retraites-Chapeau" vont être écornées de 110 millions d’euros, c’est à peine le montant du vol commis sur les accidentés du travail lorsque le gouvernement a décidé de fiscaliser leurs indemnités !
Mais il y a plus, dans un rapport publié le 10 juin, sur les "millionnaires dans le monde", le Boston Consulting Group ( BCG ! )nous dit que "la crise financière n’est plus qu’un mauvais souvenir pour les millionnaires dans le monde", y compris en Europe qui "reste la région la plus riche du globe en concentrant un tiers de la fortune mondiale. c’est même le seul continent où la richesse dépasse son pic d’avant crise" (1) D’ou le scandale encore plus grand que représente la généralisation des plans d’austérité en Europe, dont la réforme des retraite en France est une des composantes.
Quant à l’avenir, le BCG est optimiste. Il nous dit que la fortune des millionnaires devrait continuer à progresser en moyenne de 6% par an en moyenne d’ici 2014 ! quel retraité moyen aura celà ???
Résumons, ces millionnaires représentent 1% de la population du globe, ils détiennent 38% de la fortune mondiale en 2009, c’est 2% de plus qu’en 2008. Et les fortunée à la tête de plus de 5 millions de dollars ( soit 0,1% de la population mondiale s’arrogent à eux seuls 21% de la fortune mondiale).
Retour en France, alors que le déficit de l’assurance vieillesse a été en 2009 de 10 milliards, la seule "niche fiscale" dite niche Coppée du nom du Président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale qui détaxe les plus values sur les ventes d’actions de filiales a couté à l’Etat, en deux ans 18,5 milliards d’euros.
(1) Le Monde du samedi 12 juin 2010
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