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Politique / Social - Économie - Article paru le 9 octobre 2009 dans l'Humanité

 

La Poste redynamisele clivage gauche-droite !

Service public . Portée par le mouvement social, la bataille politique contre la privatisation de La Poste crispe la droite et ressoude la gauche.


« Pantalonnade », « fausse démocratie », « tartuferie ». Le succès de la votation citoyenne sur l’avenir de La Poste, coordonnée ce week-end par une soixantaine d’organisations associatives, politiques et syndicales, a fait vivement réagir à droite. Trop vivement pour que le phénomène ne dévoile de réelles craintes dans les rangs de la majorité. Les deux millions de citoyens qui se sont mobilisés pour s’opposer au projet gouvernemental visant à changer le statut de l’entreprise publique n’auraient été que les acteurs « d’une vaste manipulation », affirme-t-on de l’Élysée à Matignon. Car, selon la droite, « il n’y aura pas de privatisation, les capitaux resteront à 100 % publics ». La direction de La Poste aurait elle-même rédigé à la hâte un argumentaire allant dans ce sens.

« Craignez-vous le peuple ? »


Dans les cercles du pouvoir, on se serre les coudes. Pourtant, en avril 2004, à Chinon (voir encadré), Nicolas Sarkozy n’expliquait-il pas à un agent EDF qu’il « n’y aura pas de privatisation d’EDF et de Gaz de France » ? « C’est clair, c’est simple et c’est net ! » ajoutait le ministre de l’Économie d’alors, avant de porter le même message au Parlement. Il est tout aussi « clair et net » aujourd’hui que GDF est privatisée et que les Français le savent. Mais cette fois, l’exercice se complique avec La Poste. Après que l’État a déboursé plus de 20 milliards d’euros pour recapitaliser les banques, sans exiger le moindre de ses représentants dans leurs conseils d’administration, le gouvernement voudrait convaincre que les 2,7 milliards destinés à La Poste impliquent de facto sa transformation en société anonyme.

« On n’arrête pas un combat juste dans sa marche ! » tonnait, mardi, dans l’hémicycle, le député PS, François Brottes. « Craignez-vous le peuple ? » enchaînait, à l’adresse du gouvernement, le communiste François Asensi. À l’instar des luttes menées contre le CPE, la mobilisation populaire pour protéger La Poste des appétits du privé a trouvé un large écho sur les bancs de l’opposition de l’Assemblée nationale. L’occasion peut-être aussi, pour la gauche, de redéfinir une ligne de partage claire entre elle et la droite. « Qui parle de privatisation ? ironisait François Fillon, mardi (…), la gauche, car elle a beaucoup à se faire pardonner… »


Les Français veulent un référendum

Mais stigmatiser l’opposition n’exonérera pas la droite de ses responsabilités actuelles. Selon un sondage réalisé par l’IFOP, le 3 octobre, 59 % des Français demandent la tenue d’un référendum sur l’avenir de La Poste. Plus qu’ailleurs, l’entreprise publique demeure en France un symbole puissant du lien social. Et c’est dans les milieux ruraux, mais aussi dans les quartiers populaires, que la consultation citoyenne a rencontré ses plus vifs succès. Un message adressé à toute la gauche, qui peine aujourd’hui à mobiliser cet électorat. Sans doute le bras de fer sur la privatisation de La Poste ne fait-il que commencer. Le potentiel de mobilisation sur ce type de question semble intact et, sans doute, le camp qui sortira vainqueur de cette bataille politique et sociale prendra une sérieuse option sur l’avenir.


Frédéric Durand

Notre dossier La Poste

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Tag(s) : #Services publics
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