mercredi 31 mars 2010 / "le Patriote"
« Cannes c’est une ville jardin. On est les seuls en France avec Versailles à avoir refusé de reconstruire la ville sur la ville. Dés que quelqu’un veut construire, il faut qu’il présente un projet avec 50% de béton, 50% de verdure, autrement il n’y a pas de permis de construire » ; c’est en ces termes que le député-maire Bernard Brochand s’exprime lorsqu’il défend, non sans fierté, les couleurs de sa ville. Cette ville qui a connu des heures bien sombres, dont l’ancien maire a tout de même passé non moins de six années derrière les barreaux pour corruption, prise illégale d’intérêts, abus de biens sociaux, faux et usages de faux et emplois fictifs, tente depuis 2001 de redorer son blason. Elle y parvient, il faut le reconnaître, grâce à plusieurs ficelles. Celle de la culture notamment (voir par ailleurs), celle de l’environnement, et celle du social. Qui l’eut cru ? En fait la tactique est celle-là : des paradoxes apparents, les dirigeants municipaux veulent en faire une force. « Etre cannois, écrivait récemment le conseiller municipal Marc Liautaud, c’est se sentir issu d’une ville magique. C’est comprendre que Cannes a autant besoin de cocktails et de parterre de fleurs que de HLM et de programmes sociaux. C’est savoir que Cannes vit entre feux d’artifices et quartiers sensibles et que le Carlton est à deux pas d’une école classée en ZEP… Cette dualité est source de vie, de dynamisme et de tolérance ».
Les personnes rencontrées qui ont un rôle municipal, ont toutes insisté sur cette mixité, cette ambivalence de la ville. « Une des premières choses que l’on a réalisé, lorsque l’on est arrivé aux affaires, explique Bernard Brochand, c’est la paix cultuelle : musulmans, juifs, protestants et catholiques vivent en bonne harmonie, grâce à l’existence de Temples, d’églises, d’une synagogue et d’une mosquée. Cette diversité, on la retrouve partout, à tous les niveaux. Prenons l’exemple du pêcheur cannois qui habite au Suquet, dont l’arrière grand père joue aux boules Place de l’Etang et qui va pêcher tous les soirs (il y en a encore 35 de pêcheurs à Cannes). L’été, il prend son Riva et grâce aux pontons, se transforme en chauffeur de Madonna. Est-ce un pêcheur habituel ? Cette mixité est aussi totale au niveau des âges, puisque 20% de la population a plus de 80 ans ».
Sea, sex and sun. Une diversité, une droite décomplexée par rapport au luxe et à l’argent, qui se sert de ce levier pour actionner celui du social. Le premier adjoint au maire estime, tel un Lapalice, « qu’il vaut mieux gérer des richesses que la pénurie ». Il y a sur la Croisette, 300 jours de congrès par an, ce qui rapporte 845 millions d’euros à la municipalité. Le produit de la Taxe Professionnelle atteint également des niveaux à faire pâlir des communes beaucoup plus grandes, grâce au tourisme et à Thalès Alenia Space. Une mine d’or. Certes, se vante le maire, mais c’est aussi 19 000 emplois, et les gens des quartiers populaires de La Bocca ou de Ranguin, en profitent directement. Cannes est la seule commune importante des Alpes-Maritimes à afficher un taux de logement social presque en adéquation avec la loi SRU. 16% à l’heure actuelle, et 20% d’ici 2014. Ceci dit, la liste d’attente des personnes en demande de logements sociaux semble être particulièrement longue. Pas de chiffre exact, étant donné que les services n’ont pas répondu à la question, mais renseignement pris, il devrait tourner autour des 2 500 personnes. Ce qui est proportionnellement énorme.
Puis, il y a le domaine de l’environnement dans lequel la ville se veut précurseure. Bernard Brochand se targue d’avoir commencé à travailler dans le domaine dés 2003, avec la mise en place contraignante du célèbre Agenda 21.
Et il professe : « Dans la mondialisation que l’on connaît, je suis persuadé, qu’en terme de créativité, que Cannes peut être un modèle, un modèle de ville de demain. C’est une marque ». Pourtant, il y a un stade au-delà duquel il ne faut pas insister, sous peine d’irriter le premier magistrat. C’est vrai en matière d’écologie, où il ne supporte pas les contraintes financières qui peuvent être mises en avant au nom du principe de précaution, mais aussi en politique, où les questions d’intercommunalité le hérissent particulièrement. Enfin, il y a son opposition de droite, qualifiée « d’ultra-droite », dont il ne parle pas avec le plus grand plaisir. A la question, vous représenterez-vous pour un prochain mandat, il n’hésite pas longtemps : « Je ne sais pas. Mais il y a une chose dont il faut être sûr, c’est que je ne laisserai ni cette ville, ni cette circonscription, à ceux qui sont dans cette opposition d’ultra-droite ».
En résumé, Cannes est actuellement une ville qui met en avant ses atouts naturels, et développe son atypie, à l’abri des critiques. Pourquoi Cannes est championne d’Europe de volley-ball féminin et masculin, questionne Bernard Brochand avant de répondre tout seul ? « Parce que, qui n’a pas joué au volley sur la plage », répond-il fièrement ou ingénument, à choisir.
R.F.
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