Euryale Collet-Barquero : La liberté de penser commence-t-elle vraiment là où s’arrête le Code du travail ?
Humanité Quotidien
19 Janvier, 2012
L'invitée de la semaine
Auteure de théâtre.
Ce matin, j’ai écouté le vent. Il m’a répété que le travail est le cœur de nos vies. Qu’il mérite tout et notamment nos sacrifices. Du coup, j’ai eu envie de discuter avec lui. Je lui ai demandé pourquoi le travail devient si douloureux. Pourquoi il nous restructure, nous délocalise, nous sous-paie, nous harcèle ou nous suicide ? Pourquoi les droits des chômeurs deviendraient-ils uniquement des devoirs ? Désolée, mais j’ai besoin de votre subtilité pour être sûre de bien comprendre comment tout cela marche. J’ai peur de me tromper. Parce que parfois, je me surprends à ne pas vouloir diriger quelqu’un ou entreprendre. En plus, je cherche l’épanouissement et je crois que chacun en a un différent.
Une fois aussi, je me suis dit que j’aimais les impôts parce qu’ils peignent le bien commun et flattent la solidarité. Si, si. J’ai même eu envie de hurler que je suis pour un temps plein à vingt-huit heures par semaine pour qui le veut. Oui, je sais.
Heureusement que l’on peut enfin se parler, j’étais en train de sombrer, je le sens bien. Alors, dites-moi tout : la liberté de penser commence-t-elle vraiment là où s’arrête le Code du travail ? Parce que si c’est ça, je crois que vous manquez de poésie pour être honnête.
Autre chose.
La retraite, celle qui était déjà un défi à soixante ans pour ceux qui usent leurs corps avec des conditions de travail pénibles, je dois vraiment cesser d’y penser pour sauver l’avenir ? D’autant que, pour tout vous dire, je pensais que nous construisions l’avenir avec nos choix.
Tout de même, ce doit être dur de faire entrer tout le monde dans la même case et de décréter qu’on doit tous avoir la même vision du travail. Moi qui d’habitude aime bien les mosaïques, je vois bien que ce n’est pas votre truc. Bon, il faut reconnaître les faits. Je ne suis pas d’accord avec le vent actuel.
Ça me fait bizarre. D’habitude, j’aime bien le vent, mais celui-là, il ne se lève pas. Il ne nous connaît pas assez. Il ne sait pas qu’on voudrait juste être des vies qui choisissent leurs cœurs.
Euryale Collet Barquero
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