La riposte du monde judiciaire aux propos de Nicolas Sarkozy, qui ne cesse s'étendre mardi dans toute la France, rencontre les critiques virulentes de la majorité qui appelle à la "responsabilité".
D'Arras à Saint-Denis de La Réunion, de Nanterre à Dax, du parquet au siège, des "petits" tribunaux de province aux éminentes cours d'appel, la contestation des professionnels de la justice atteint une ampleur inédite, de l'avis des observateurs du monde judiciaire.
A la mi-journée, plus de 70 tribunaux ont adopté le mot d'ordre de report des audiences non urgentes lancé en fin de semaine dernière par l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) en réponse aux accusations de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Laetitia. Mieux, selon l'Association des jeunes magistrats (AJM), près de 115 tribunaux ont rejoint la contestation. De nombreuses assemblées générales sont encore à venir avant une journée nationale de manifestation jeudi. A Paris, une assemblée générale "historique" réunissant les deux tiers des magistrats de première instance a décidé de l'entrée dans le mouvement du TGI.
Autant d'initiatives que le Premier ministre François Fillon avait qualifiées de "réaction excessive" appelant les magistrats "à la responsabilité". Le porte-parole du gouvernement François Baroin a pour sa part vertement critiqué "une des corporations qui a le plus de mal à assumer sa part de responsabilité". A ses yeux, cette fronde "est pour une large part organisée ou orchestrée par des syndicats qui sont en opposition avec l'action du gouvernement", a-t-il estimé. Protestation "incompréhensible" et "disproportionné", a fait écho le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé.
En réponse, le grondement qui monte des tribunaux témoigne du "ras-le-bol" des professionnels de la justice face aux conditions d'exercice de leur métier.
Pour le PCF, "Nicolas Sarkozy et sa majorité sont responsables de cette situation désastreuse. Le président Sarkozy doit cesser de faire de chaque drame une affaire d'Etat. Il doit par contre, prendre en compte la question de la justice qui est, elle, l’affaire de l'Etat", précise le communiqué. "Près de deux lois par an sont votées dans le seul but d'aggraver les sanctions pénales. Cette multitude de lois est si significative de la volonté ultra-sécuritaire du président et de sa majorité --à chaque drame, une loi-- qu’elles se succèdent sans aucune évaluation ni bilan de leur mise en oeuvre et de leur efficacité".
Cette révolte des magistrats face aux propos de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Laëtitia [1], marque un énième épisode de tensions qui remontent à l'époque où le président de la République était ministre de l'Intérieur.
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