La grande vitalité des études sur la Révolution
Julien Louvrier historien
Une quinzaine de spécialistes réunis par Michel Biard signent un ouvrage collectif de haute tenue qui souligne l’actualité des recherches sur le mouvement révolutionnaire.
Sous la direction de Michel Biard, préface de Michel Vovelle. Éditions Tallandier, 2010, 448 pages, 27
euros.
Voici un livre savant qui s’adresse à tous ceux que l’histoire de la Révolution française intéresse. À contre-courant des idées reçues et des discours dépréciatifs sur la période qui sont le
fonds de commerce des concepteurs du Livre noir de la Révolution française, il propose de faire le point sur l’état actuel des recherches à travers l’examen de grandes questions qui ont fait
l’objet de débats ou qui ont bénéficié de récentes réévaluations.
Pour ce faire, Michel Biard a rassemblé une quinzaine de spécialistes qui reprennent, chacun dans son domaine, quelques-unes des problématiques posées par l’histoire révolutionnaire : que doit la Révolution française aux philosophes dont les idées nouvelles ont nourri le XVIIIe siècle (M. Belissa) ? Quelle fut la place exacte de la paysannerie dans le mouvement révolutionnaire (J.-P. Jessenne) ?
Quelle réalité recouvre le vocable « vandalisme révolutionnaire » (S. Bianchi) ? Dans quelle mesure la contre-révolution participa-t-elle, elle aussi, à la politisation du peuple français (V. Sottocasa) ? Comment apprécier les rapports entre violence et révolution (J.-C. Martin) ? Et chacun de porter un regard neuf sur les questions dont il a la charge. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de cet ouvrage collectif préfacé par Michel Vovelle, c’est le dynamisme des études révolutionnaires. L’historiographie de la Révolution française, c’est-à-dire l’effort de connaissance accompli par les historiens pour appréhender et donner à comprendre la complexité de l’ère révolutionnaire, ne s’est en effet pas subitement arrêtée avec les commémorations du bicentenaire et la déclaration péremptoire d’un François Furet qui proclamait alors : « La Révolution est terminée », signifiant que la référence politique à la Révolution n’avait plus lieu d’être et que tout avait été dit à son sujet. Au contraire, les historiens n’ont cessé depuis de réinterroger les catégories d’analyse traditionnelles et d’ouvrir de nouveaux chantiers (histoire du théâtre, histoire des femmes) au cours d’une séquence qui s’est caractérisée également par l’internationalisation croissante des études sur la Révolution française. Et de la diversité des regards posés sur son histoire émerge aujourd’hui une lecture de la Révolution plus respectueuse de la pluralité des expériences vécues par les populations qui se sont confrontées à elle.
Témoignant de ces mutations, le livre n’entend pas substituer une quelconque légende dorée à la légende noire que se plaisent à colporter les zélateurs de l’héritage contre-révolutionnaire. Aux raccourcis simplificateurs et aux formules lapidaires, les historiens ici réunis préfèrent le travail et le temps long de la recherche et de la réflexion.
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