Article paru le 11 mai 2010 dans l'Humanité
tribunes & idées
La grande leçon politique de la Résistance
François Berriot, professeur émérite des universités
Que voici une publication bienvenue ! Il est, en effet, urgent de rappeler aujourd’hui – tel est l’objet de la première partie de ce livre – ce que fut le programme du Conseil national de la Résistance, unanime derrière son fondateur Jean Moulin, et ce que fut l’action du premier gouvernement de la France après la Libération, présidé par le général de Gaulle, qui, dès le 3 novembre 1943, avait lui-même proclamé devant l’Assemblée provisoire d’Alger : « La France veut que cesse un régime économique dans lequel les grandes sources de la richesse nationale échappent à la nation, où les activités principales de la production et de la répartition se dérobent à son contrôle, où la conduite des entreprises exclut la participation des organisations de travailleurs et de techniciens dont cependant elle dépend. Il ne faut plus qu’on puisse trouver un homme ni une femme qui ne soit assuré de vivre et de travailler dans des conditions honorables (…) et d’avoir accès au savoir et à la culture. »
Et il n’est pas moins important (seconde partie) de démontrer comment, depuis 2007 surtout, les acquis économiques, sociaux, démocratiques, laïques de la Libération sont, réforme après réforme, balayés par une équipe gouvernementale désormais ouvertement ultralibérale et proatlantique, ce que l’un de ses supporters, Denis Kessler, dans Challenges du 4 octobre 2007, avait d’ailleurs sans ambages dévoilé : « Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork tant elles paraissent variées, d’importance inégale et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme (…). À y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple : tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952 […]. Il s’agit de sortir de 1945 et de défaire, méthodiquement, le programme du Conseil national de la Résistance » !
En ce printemps 2010 donc, alors que les officiels ne manqueront pas de célébrer le soixante-dixième anniversaire de l’Appel du 18 juin, il est salutaire de proclamer, justement, la grande leçon de la Résistance et de celui qu’elle a reconnu comme son chef, Charles de Gaulle, leçon que redit, dans les dernières pages de ce livre, un ancien de la France libre et de la déportation, l’ambassadeur Stéphane Hessel : « Sachez que la désobéissance, la préférence donnée aux valeurs par rapport à la loi, c’est une partie de notre citoyenneté, de notre citoyenneté résistante. Résister, c’est refuser d’accepter le déshonneur, c’est continuer à s’indigner. »
À l’évidence, pour reprendre la formule des auteurs qui se nomment eux-mêmes « Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui » et qui justifient cette appellation par leur action, « la Résistance n’appartient pas qu’au passé ».
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