L’Humanité des débats
La formation des enseignants est-elle sacrifiée ?
La réforme gouvernementale sur la formation des enseignants, appelée
« mastérisation », est rejetée par l’ensemble de la communauté éducative.
La réforme de la formation des maîtres, soutenue par Xavier Darcos, avait été repoussée d’un an, en mars dernier, tant elle avait suscité colère et mobilisation dans l’ensemble du monde éducatif… Malgré cela, Luc Chatel et Valérie Pécresse ont remis le couvert, le 13 novembre, avec le même projet, dit de « mastérisation » des enseignants pour la rentrée 2010, qui ne règle en rien les problèmes précédemment soulevés par les syndicat. « Mastérisation » ? Derrière ce terme technique, le ministère prévoit que les futurs professeurs des écoles et de l’enseignement secondaire soient recrutés en fin de master (bac+5) au lieu de l’être après une licence (bac+3) plus une année en institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) – elle-même suivie d’une nouvelle année de formation en IUFM – comme aujourd’hui. Ce qui impliquerait donc la disparition des IUFM. Objectif annoncé : permettre « l’élévation du niveau de recrutement et une amélioration de la qualité de la formation ». Sauf que cette réforme, dénoncent les syndicats, diminue, voire anéantit la formation professionnelle en substituant aux douze semaines de stages obligatoires, actuellement payées aux élèves en deuxième année d’IUFM, seulement une centaine d’heures de stages facultatifs en première année, puis une centaine d’autres, toujours facultatifs, en deuxième année de master, le tout non rémunéré ! Résultat : « Des lauréats au concours peuvent se retrouver devant des élèves sans avoir bénéficié de stages ni de formation professionnelle », souligne la FSU (1). Autre point critique : dans le projet gouvernemental, le concours aurait lieu durant la dernière année de master, alors que les étudiants ont déjà des cours et un mémoire à rédiger, ce qui risque, dénonce le corps enseignant, de favoriser le « bachotage » au détriment de la formation pédagogique. Enfin un dispositif d’accompagnement financier des étudiants n’est mis en place pour compenser l’allongement de la durée des études et le décalage du concours, « écartant ainsi de nombreux étudiants issus des catégories sociales les moins favorisées », souligne la FSU. De quoi se demander si le gouvernement cherche à revaloriser l’enseignement… ou à réaliser des économies sur le dos de l’école ?
A. M.
(1) Fédération syndicale unitaire regroupant les organisations de l’éducation nationale.
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