Quand le drapeau rouge flottait sur Marseille
Article paru dans La Marseillaise du lundi 4 avril
2011
Il y a 140 ans tombait la Commune de Marseille. Gros plan sur cette expérience révolutionnaire qui a été réprimée dans le
sang.
Au moment de la défaite de Sedan, qui cause la chute du IId Empire, Marseille connaît un essor porté par la densification des
échanges commerciaux, mais aussi par de grands travaux qui attirent une main d’œuvre abondante. De 1852 à 1871 la population marseillaise passe de 195 000 à 313 000 personnes. C’est sur ce
terreau que naît en 1867 la section marseillaise de la Iere Internationale, fondée par un jeune ouvrier typographe corse, André Bastelica, influencé par l’anarchiste
Bakounine.
D’autre part, la ville, travaillée par des bourgeois radicaux, élit en 1869 deux députés opposants à l’Empereur,
les républicains : Alphonse Esquiros et Léon Gambetta.
La défaite de Sedan le 2 septembre 1870, marque la fin du IId Empire. Dès le 18, la Ligue du Midi est fondée par
14 départements du Sud-Est non pas comme une tentative séparatiste mais comme une confédération provisoire pour organiser la défense nationale.
Un programme révolutionnaire
A Marseille, le 22, lors d’une réunion publique à l’Alhambra, un programme révolutionnaire est adopté. Esquiros,
devenu préfet provisoire y est favorable ce qui inquiète le gouvernement de Défense nationale. A l’annonce de la capitulation du maréchal Bazaine à Metz, l’hôtel de Ville de Marseille est occupé
et la Commune est proclamée le 1er novembre.
Mais très vite Alphonse Gent, nommé préfet provisoire par le gouvernement en remplacement d’Esquiros accablé par
la mort de son fils, reprend le contrôle de la situation. Il profite d’un attentat raté contre lui pour s’attirer la sympathie de la population et télégraphie à Gambetta le 13 novembre « L’ordre
entier règne à Marseille. »
Le climat demeure explosif, Gent démissionne suite à la capitulation de Paris. Après la fin de la guerre contre
la Prusse le 31 janvier 1871, Marseille envoie des députés « résistants » à la nouvelle assemblée, majoritairement conservatrice qui s’installe à Bordeaux.
Le 10 mars, le port de Marseille est en grève. Le 17, les rues ne sont pas balayées. Le 18, les chauffeurs
cessent le travail, suivis par les boulangers le 21. Le lendemain la nouvelle de l’instauration de la Commune de Paris arrive dans la Ville.
« Vive Paris ! »
Le soir même, l’avocat radical Gaston Crémieux prononce un discours enflammé au club de l’Eldorado, « Quel est le
gouvernement que vous reconnaissez comme légal ? Est-ce Paris ? Est-ce Versailles ? » La salle unanime crie : « Vive Paris ! »
Le nouveau préfet, Cosnier, tente de mobiliser les réactionnaires pour organiser une contre-manifestation le 23.
Mais les bataillons populaires réunis cours Belsunce s’emparent de la préfecture.
Une commission départementale est créée sous la direction de Crémieux. C’est le début d’une éphémère expérience
révolutionnaire. Le 27, les membres bourgeois du conseil municipal qui avait suivi le mouvement se retirent. L’arrivée de 3 délégués de la Commune de Paris le 30 accentue les
divisions.
Le 4 avril, le général Espivent de la Villeboisnet, retiré avec ses troupes à Aubagne lance la répression. Il
bombarde la préfecture depuis notre Dame-de-la-Garde et écrase dans le sang l’insurrection aux cris de « Vive Jésus, vive le Sacré-Cœur. » 150 communard sont tués 500 autres
arrêtés.
Acclamé par la réaction, le général est conspué par le Peuple. Il rend compte de son sanglant exploit à un
marseillais, Adolphe Thiers, qui depuis Versailles s’apprête à faire subir le même sort à la Commune de Paris.
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