L’Insee confirme la récession de la zone euro
Humanité Quotidien
5 Octobre, 2012
Economie
Pour l’institut,
la zone euro est « l’homme »
le plus malade de la planète. L’économie française
serait à l’arrêt et
le pouvoir d’achat
en
baisse.
En cause,
les politiques budgétaires et bancaires restrictives.
Premier enseignement du point de conjoncture présenté hier par l’Institut national de la statistique et des études économiques : dans un environnement
économique international atone ou marqué par un ralentissement de l’activité, la zone euro est « l’homme » le plus malade de la planète. Certes, les économistes de l’Institut notent une
« nette décélération de l’activité dans les pays avancés au deuxième trimestre 2012 ». Les États-Unis bénéficieraient, eux, d’une « croissance assez soutenue (+ 0,5 % environ par
trimestre) » et au Japon, l’activité devrait rester stable. Certes, la croissance des pays émergents devrait ralentir. Mais la conjoncture serait surtout marquée par l’entrée « en
récession au troisième trimestre 2012 » de la zone euro « avec une croissance de nouveau négative (– 0,2 %) », après une baisse du même ordre au deuxième trimestre. Le recul de l’activité
devrait se prolonger au quatrième trimestre (– 0,1 %).
En cause, en premier lieu, pour l’Insee ce que ses experts qualifient d’une formule politiquement correcte : les consolidations budgétaires en cours,
c’est-à-dire les politiques de baisse de la dépense publique et sociale mises en œuvre par les dirigeants de la zone euro. L’Institut pointe les pays du Sud. « Un certain nombre d’États
européens, précise-t-il, mettent en œuvre des mesures importantes de réduction des déficits publics (hausse de la TVA en Espagne et en Italie, baisse du salaire des fonctionnaires en
Espagne, création d’un impôt foncier en Italie…). Les mesures annoncées pour l’année 2012 représentent ainsi de l’ordre de 3,5 points de PIB en Espagne et 2,5 points de PIB en
Italie. »
L’économie française est «à l’arrêt»
Mais il relève aussi un facteur récessif trop souvent ignoré ou minimisé : le fait que « les tensions financières, persistantes dans la zone euro,
affaiblissent la transmission de la politique monétaire et rendent difficiles les conditions de financement dans certains pays ». Les restrictions de crédit pratiquées par les banques
contribuent au recul de l’activité et au développement du chômage.
Deuxième enseignement : l’Allemagne n’est pas épargnée par ce ralentissement. Certes, « la divergence des trajectoires dans la zone euro s’accentuerait au
second semestre » 2012. D’un côté, les pays du Sud continueraient à s’enfoncer et, de l’autre, « l’activité en Allemagne continuerait de progresser ». Mais cette hausse serait outre-Rhin
des plus modestes, avec un petit + 0,1 % à chaque trimestre qui s’expliquerait par « la résistance de la consommation des ménages », car, en ce qui concerne les exportations allemandes,
elles « subiraient un coup d’arrêt ». Il est difficile d’afficher des joues roses dans un monde qui fait grise mine.
Et la France dans ce monde de brutes ? L’encéphalogramme de l’activité économique est totalement plat. L’économie française est « à l’arrêt ». Au total, sur
l’année, la croissance du PIB serait de seulement 0,2 %, contre 0,3 % prévu par le gouvernement lors de l’élaboration du budget rectificatif en juillet dernier. Quatre causes à cette
stagnation. Les exportations, en premier lieu, qui seraient freinées par la faiblesse du commerce européen et mondial. L’investissement des entreprises, en deuxième lieu. Il reculerait au
second semestre. Les conditions d’octroi de crédit, en troisième, qui certes resteraient stables mais après un durcissement fin 2011. Et enfin et surtout, la consommation des ménages, qui
augmenterait de 0,1 % au troisième trimestre et reculerait de 0,1 % au quatrième et, de fait, ne progresserait pas, ne parviendrait à se maintenir que grâce à une baisse du taux
d’épargne.
Cette stagnation serait la conséquence de plusieurs facteurs. Du recul de l’emploi : – 22 000 postes de travail au deuxième trimestre, – 31 000 au troisième
et – 35 000 au quatrième. Le taux de chômage monterait à 10,6 % fin 2012. De la hausse des prix énergétiques. Des politiques salariales restrictives des entreprises. La progression des
salaires réels serait des plus modeste. De la hausse des prélèvements (due pour l’essentiel à la première loi de finances, celle votée par la droite) qui affecterait d’un point les
revenus des ménages. Conséquence de tout cela : « Le pouvoir d’achat des ménages reculerait en 2012 (– 0,5 % en moyenne annuelle). » Un tassement particulièrement prononcé au second
semestre.
C’est là le dernier enseignement du point de conjoncture de l’Insee : la saignée sociale n’a jamais guéri les malades.
Doutes sur les objectifs 2013
Le projet de budget de l’État soumis aux parlementaires est bâti sur un scénario de croissance de 0,8 % l’an prochain, alors que la plupart des instituts économiques prévoient plutôt un maigre + 0,3 %. Interrogés sur les effets de la stagnation de l’activité au second semestre 2012 sur la croissance à venir, les experts de l’Insee ont indiqué que, pour atteindre 0,8 % de hausse du PIB, il faudrait que celui-ci progresse de 0,3 % chaque trimestre. Difficile à tenir dans un contexte de gel des dépenses publiques et sociales, de recul de l’emploi, de hausse des prélèvements publics et sociaux des ménages (gel du barème de l’impôt sur le revenu, hausse des prélèvements sur les retraites…)
Le projet de budget de l’État soumis aux parlementaires est bâti sur un scénario de croissance de 0,8 % l’an prochain, alors que la plupart des instituts économiques prévoient plutôt un maigre + 0,3 %. Interrogés sur les effets de la stagnation de l’activité au second semestre 2012 sur la croissance à venir, les experts de l’Insee ont indiqué que, pour atteindre 0,8 % de hausse du PIB, il faudrait que celui-ci progresse de 0,3 % chaque trimestre. Difficile à tenir dans un contexte de gel des dépenses publiques et sociales, de recul de l’emploi, de hausse des prélèvements publics et sociaux des ménages (gel du barème de l’impôt sur le revenu, hausse des prélèvements sur les retraites…)
Pierre Ivorra
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