L’Europe toujours au bord de la crise bancaire
Les profits affichés pour l’année 2010 ont été présentés comme une sorte de preuve que les banques européennes avaient surmonté la crise. Pourtant, depuis quelques semaines, de nombreux signaux d’alerte se rallument ici et là. Les autorités européennes font une nouvelle fois appel aux stress tests et 88 banques devraient être testées, afin de contrôler si leurs liquidités ou leurs fonds propres seraient suffisants pour affronter de nouvelles variations brutales de l’économie. Jeudi, les banques irlandaises, Allied Irish Banks, Bank of Ireland, IL&P et EBS étaient les premières à passer ce test. Résultat : elles sont toujours engluées par des actifs toxiques, et il leur faudra 24 milliards d’euros pour surmonter de nouvelles pertes, l’équivalent de 15 % du PIB annuel, une somme à rajouter aux 46 milliards d’aides publiques déjà consentis fin 2010. En Espagne, les douze banques régionales doivent trouver rapidement près de 15 milliards d’euros en capital supplémentaire, pour répondre aux nouvelles exigences du gouvernement en termes de solvabilité. Au Portugal, les établissements bancaires sont de plus en plus à l’agonie. Avec les dégradations successives de leurs notes et la crise économique qui frappe le pays, les banques portugaises n’ont plus accès au marché interbancaire, et ne peuvent plus émettre d’obligations. Trois ans après la crise financière, celle de l’euro bat son plein. Dans les couloirs de Bruxelles, le duo Sarkozy- Merkel a préparé le pacte pour l’euro, un modèle pro-cyclique d’austérité accrue avec des coupes claires dans les dépenses publiques, des gels des salaires, visant à calmer les marchés. Or, cette politique économique antisociale ne fera que creuser les inégalités et déséquilibrera encore plus la zone euro. Les vents mauvais soufflent également du côté de la Banque centrale européenne. L’institution de Francfort toujours obsédée par la seule hausse des prix du pétrole s’apprête à augmenter ses taux directeurs. Ce tournant de politique monétaire est extrêmement périlleux. Il pourrait compromettre la maigre reprise de la zone et accélérer une nouvelle crise bancaire. En effet, une telle mesure pourrait enliser un peu plus l’Irlande, l’Espagne et la Grèce. Toutes trois sont marquées par un pourcentage élevé de crédits hypothécaires à taux variable, un secteur bancaire fragile. Plus globalement, il va nécessiter un accroissement des fonds propres des banques européennes. Or, l’ensemble du secteur se trouve déjà dans une situation délicate en termes de solvabilité.
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