L’Education nationale au bord de l’asphyxie
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Article paru dans La Marseillaise du jeudi 30 septembre 2010 |
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Plus de trente mille postes de fonctionnaires sont supprimés dont seize mille dans l’Education nationale. Pour les syndicats, il s’agit d’un tournant historique qui met en péril la qualité de l’enseignement.
Le gouvernement poursuit la baisse des effectifs de l'Etat, avec la suppression prévue de 31.638 postes de fonctionnaires en 2011,
notamment dans l'Education nationale et la Défense, le ministère de la Justice et Matignon étant les seuls à voir leurs effectifs augmenter.
Le projet de loi de Finances pour 2011 continue de réduire le nombre de fonctionnaires d'Etat via le
non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.
Après 100.000 postes supprimés entre 2007 et 2010, le projet de loi de Finances prévoit ainsi de réduire les
effectifs de 31.638 en 2011 (pour 62.000 départs à la retraite), pour atteindre sur trois ans (entre 2011 et 2013) plus de 97.000 suppressions (avec -33.000 suppressions de postes programmées en
2012 et -33.100 en 2013).
La situation dans chaque ministère
La Fonction publique compte près de 2,3 millions de fonctionnaires d'Etat (en ETP), selon le rapport annuel
2009-2010, portant sur des chiffres au 31 décembre 2008. Elle compte également 1,8 million d'agents dans la Fonction publique territoriale et environ un million dans l'hospitalière, mais les
réductions d'effectifs du projet de loi de Finances ne les concernent pas.
Après le ministère de l’education nationale, le ministère de la Défense est le plus touché. Il perdra 8.250 postes, comme en 2010
aussi, et le ministère du Budget et des Comptes publics, amputé de 3.127 postes (contre 3.020 en 2010). Sont également concernés les ministères de l'Intérieur (-1.595), de l'Ecologie (-1.287), de
l'Agriculture (-650) et du Travail (-443), devant ceux de l'Economie (-273), des Affaires étrangères (-160) et de la Culture (-93).
A l'inverse, le ministère de la Justice verra ses effectifs augmenter de 400 postes, et les services du Premier ministre de 55
postes.
Enfin, sont épargnés le ministère de l'Enseignement supérieur et celui de l'Immigration et de l'Intégration, qui
ne perdent aucun poste, tout comme celui de l'Aménagement du territoire (-1).
L'Education nationale va encore payer le plus lourd tribut aux suppressions de postes, avec 16.000 en moins, une politique critiquée
de longue date par les syndicats du public mais aussi désormais par l'enseignement privé.
Le nombre des départs en retraite non remplacés dans le projet de budget 2011 est de 16.000, après environ 50.000
entre 2007 et 2010.
Au plus près du terrrain
Selon le ministère, 8.967 postes d'enseignants seront supprimés dans les écoles primaires (dont 5.600
actuellement en "surnombre"), 4.800 dans les collèges et lycées, 600 postes au sein des personnels administratifs et 1.633 dans l'enseignement privé sous contrat.
Pour cela, le ministre Luc Chatel a choisi une nouvelle méthode : le choix des suppressions va être fait dans les
académies, "au plus près du terrain".
Et ce à partir de plusieurs critères, comme la possible hausse de la taille des classes d'écoles et de collèges
"qui ne relèvent pas de l'éducation prioritaire", le retour devant la classe des enseignants affectés en dehors, la suppression à terme en primaire des intervenants extérieurs de langues, le
regroupement d'établissements, la diminution des décharges de service ou encore la poursuite de la diminution de la scolarisation en maternelle des enfants âgés de deux ans.
Les suppressions envisagées pour 2011 inquiètent particulièrement les syndicats d'enseignants car, pour la première fois, le
ministère envisage d'augmenter le nombre d'enfants par classe.
"Pour nous, c'est vraiment une très mauvaise annonce, même un tournant historique pour l'école primaire", a réagi
à l'AFP Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, à l'issue d'un entretien hier avec Luc Chatel. "On passe d'une situation de sous-investissement de
l'école primaire à une situation d'asphyxie, avec comme conséquences la hausse des effectifs des classes ou encore la baisse des départs en formation continue des professeurs", a-t-il
ajouté.
Un plus grand nombre d’élèves
En outre, dans le second degré, conséquence du mini baby-boom de l'an 2000, le ministère prévoit 61.900 élèves de
plus à la rentrée 2011, alors que le taux d'encadrement en collèges a déjà été "dégradé" l'an dernier dans certaines académies, selon un récent rapport d'inspecteurs généraux.
Même l'enseignement privé catholique tire à son tour la sonnette d'alarme. Si, comme il est prévu, la baisse du
nombre de postes se prolonge dans les trois ans à venir, "il nous faudra probablement fermer 1.000 écoles primaires (sur 4.873), 100 collèges (sur 1.573) et 70 lycées", a prévenu mardi le
secrétaire général de l'enseignement catholique.
Décryptage
Christian Digne (avec AFP)
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