Dans l'Humanité , l'aide très austère de la BCE
Rédaction Web
7 Septembre, 2012
Mario Draghi, le patron de la banque centrale européenne, a annoncé jeudi le lancement d'un programme de rachat de dettes des Etats en difficulté.
Mais pour en bénéficier, les postulants devront se soumettre aux contraintes austéritaires.
A lire dans notre édition:
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Décryptage: les très chères conditions de la BCE
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La Banque centrale européenne au cœur des solutions: l'idée que le financement des dépenses publiques par la BCE est un impératif pour sortir de la crise fait peu à peu son chemin
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"Renverser l'asymétrie entre banques et Etats", le point de vue de Dominique Plihon, professeur à l'université Paris-XIII, membre du conseil économique d'Attac
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Fumée blanche, l'édito de Jean-Emmanuel Ducoin:
Ainsi donc, jusqu’à l’hypnose, tous les acteurs politiques et économiques de la zone euro avaient les yeux tournés, hier, vers
le siège de la Banque
centrale européenne. Son patron, Mario Draghi, devait confirmer les promesses qu’il avait avancées au début de l’été. « Prêt à tout pour préserver l’euro », il avait
laissé entendre que la BCE pourrait se doter d’un nouvel outil d’achat de dettes des États pour abaisser les taux d’intérêt, devenus pour certains si prohibitifs qu’ils ruinent toute
projection d’avenir. Alors, hier, lorsque Super Mario a annoncé que, effectivement, la BCE achèterait « sur le marché secondaire des obligations d’État » sans fixer « de limite
quantitative », c’est comme si une fumée blanche venait de s’échapper de l’Eurotower de Francfort…
Ne plaisantons pas. L’information s’avère assez capitale. Primo sur le plan technique, puisque les États concernés pourront bénéficier d’un peu
d’oxygène, même si la « stricte conditionnalité » des interventions de la BCE, autrement dit les contraintes, a été rappelée avec force, comme s’il fallait rassurer les
dirigeants de la Bundesbank qui n’ont cessé de ferrailler contre cette idée, contraire, à leurs yeux, au mandat de l’institution. Pour Draghi, pas question d’ailleurs que la BCE
rachète des emprunts d’État si les pays concernés n’ont pas d’abord fait appel aux fonds de secours. Or, le recours à ces aides exige de tels sacrifices que l’Espagne, pour ne
citer qu’elle, hésite à accepter ces conditions. La péninsule Ibérique subit déjà un plan d’austérité destructeur : 102 milliards d’euros « d’économies » à réaliser d’ici à 2014…
Secundo sur le plan idéologique. Une brèche vient de s’ouvrir dans l’orthodoxie dominante.
La BCE pouvait intervenir sans le dire, mais son
principal responsable a choisi de le déclarer publiquement. La nuance n’a rien de symbolique. Si ce mode de « communication » reste avant tout dicté par des impératifs doctrinaires –
apaiser les tensions sur le marché de la dette –, il est aussi lié à la réalité de la crise actuelle. Les économies de la zone euro sont de nouveau au bord du gouffre, les prévisions de
croissance sont revues à la baisse et les taux de chômage s’envolent vers des sommets qui nous renvoient aux heures sombres de l’histoire. Voilà pourquoi le fragile numéro
d’équilibriste engagé par Mario Draghi ne nous impressionne pas.
Les menaces d’éclatement de la zone euro étant ce qu’elles sont, l’intervention de la BCE était devenue un
passage obligé. Quitte à s’asseoir sur les dogmes d’hier…
En laissant comprendre que le financement des dépenses publiques par la BCE était non seulement possible mais indispensable, un petit tabou vient donc de
vaciller : bien d’autres devront tomber pour sortir de l’Europe austéritaire qui conduit une partie du Vieux Continent tout droit à la catastrophe! Car nous sommes encore
loin, hélas, d’une BCE jouant pleinement son rôle en rachetant et refinançant la dette des États – et pas uniquement sur le marché secondaire – pour baisser radicalement et immédiatement
les taux d’intérêt ! Les peuples en souffrance savent, eux, que ce dispositif ne suffira pas à inverser la tendance, d’autant que nous sommes tous de nouveau menacés par
un traité scélérat. Le pacte budgétaire, s’il était adopté, risque en effet de nous cadenasser dans une austérité à perpétuité. L’OPA hostile de la finance sur les démocraties
s’imposera-t-elle aux peuples sans que ceux-ci aient droit au chapitre ? Alors que le modèle européen est à bout de souffle, s’unir pour obtenir un référendum devient un impératif
absolu pour empêcher que les puissants reféodalisent les États-nations en anéantissant ce qu’il reste des souverainetés populaires.
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