Article paru le 8 juin 2010 dans l'Humanité
L’activité spéculative des banques repart de plus belle
Des grands discours sur la moralisation financière à la publication des comptes des grandes banques internationales, tout le monde a la sensation que, comme si de rien n’était, les banques recommencent à jouer comme avant. En dichotomie totale avec la récession qui sévit actuellement. Fin février, les cinq groupes bancaires français ont tous annoncé leurs résultats pour l’année 2009. À eux cinq, ils ont réalisé 11 milliards d’euros de profits, soit deux fois plus qu’en 2008. BNP Paribas a réalisé à elle seule plus de la moitié du total (5,8 milliards, + 93 % par rapport à 2008). Le groupe Crédit agricole a annoncé 2,7 milliards (+ 12,1 %). Un mouvement qui ne se cantonne pas aux frontières de l’Hexagone mais qui englobe la majorité des établissements bancaires internationaux. À la lecture des résultats, les métiers de la banque d’investissement (activités de marché) ont été une source importante de revenus. Si les profits reviennent en 2009, les bonus aussi ! 20 milliards de dollars chez Goldman Sachs, 500 millions d’euros distribués par la BNP à ses 4 000 traders, soit un bonus moyen de 125 000 euros par agent. La taxe anglaise sur les bonus a rapporté 2,2 milliards d’euros soit deux fois plus que ce que le gouvernement britannique avait envisagé. La cupidité est de retour et l’économie casino rouvre de plus belle ! « Il y a quelques années, les banques d’investissement devenaient riches grâce à l’argent de leurs clients, a analysé un banquier fin 2009. Lorsque ces ressources devinrent trop faibles, elles se retournèrent sur l’argent de leurs actionnaires. À présent, elles se sont procurées le plus important réservoir que le monde puisse offrir : l’argent des contribuables. » Fin, 2008, les États multipliaient les aides aux banques et les banques centrales ont ramené le loyer de l’argent à zéro. Les banques ont donc utilisé cet argent public sur les marchés financiers plutôt que pour financer l’économie. Pis, elles ont attaqué les États contraints de s’endetter pour leur venir en aide.
Clotilde Mathieu
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