Abdullah Öcalan ouvre la voie d’un cessez-le-feu
Humanité Quotidien
22 Mars, 2013
Turquie
Le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan a annoncé, jeudi, l’arrêt des actions armées. Ankara s’y dit prêt. Des milliers de Kurdes réunis à
Diyarbakir ont ovationné cette décision.
Depuis plusieurs semaines maintenant, des pourparlers s’étaient ouverts entre le gouvernement turc et le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK),
Abdullah Öcalan [1]. À l’occasion du Nouvel An kurde – newroz –, une fenêtre de paix
semble s’ouvrir. Öcalan a appelé, jeudi, son organisation à un cessez-le-feu et à retirer ses forces militaires de Turquie. « Je le dis devant les millions de personnes qui
écoutent mon appel, une nouvelle ère se lève où la politique doit prévaloir, pas les armes ! » a déclaré celui qu’au Kurdistan [2]tout le monde appelle Apo. Un message lu par un député du Parti pour la paix et la
démocratie (BDP), à Diyarbakir, devant des centaines de milliers de personnes. « Nous sommes arrivés à une phase où les armes doivent se taire, a-t-il insisté. Les éléments armés
doivent se retirer en dehors des frontières de la Turquie. » Le fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) n’a pas précisé de calendrier pour le retrait de ses
combattants, dont le nombre est estimé à quelque 5 000, éparpillés entre le sud-est de la Turquie et les bases arrières du mouvement, dans le nord de l’Irak.
Dans son message, il a justifié ce changement de stratégie en expliquant que « la période de la résistance armée a ouvert une porte à un processus de
politique démocratique ». « Les sacrifices n’ont pas été faits en vain », a-t-il assuré, « ce n’est pas la fin du combat, c’est le début d’un nouveau combat ». Sa
déclaration a été acclamée par la foule qui, depuis le lever du jour, s’était rassemblée pour l’écouter sur une immense esplanade de Diyarbakir, la métropole du sud-est de la Turquie que
les 12 à 15 millions de Kurdes du pays considèrent comme leur capitale.
On ne peut évidemment que se réjouir de ce qui pourrait être un nouveau développement pour un règlement pacifique de la question kurde. À quatre reprises
déjà, depuis le début de la rébellion en 1984, Abdullah Öcalan a proclamé des cessez-le-feu unilatéraux. Mais le gouvernement d’Ankara, jusque-là, n’a jamais saisi la main tendue. Va-t-il
le faire cette fois ? « S’il n’y a plus d’actions armées, nos troupes n’entreprendront plus d’opérations militaires », a déclaré le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Qualifiant
de « positive » l’approche d’Öcalan, il a soutenu que « l’important est de voir comment il (le cessez-le-feu – NDLR) sera appliqué en réalité. J’espère qu’il aura un effet le plus vite
possible ».
L’attitude d’Ankara n’est sans doute pas étrangère à ce qui se passe en Syrie. Les possibilités d’implosion de ce pays pourraient ouvrir la voie à une
autonomie kurde, rassemblant toutes les communautés en Turquie [3], en Syrie, voire même en
Iran.
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Pierre Barbancey
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