Article paru le 3 avril 2010 dans l'humanité
Jeu de go entre Pékin et Washington
Les points de friction n’avaient pas manqué ces dernières semaines entre Pékin et Washington : la sous-estimation du yuan, selon les États-Unis, qui creuse le déficit commercial bilatéral, l’accueil réservé au dalaï-lama, les ventes d’armes à Taïwan, pour Pékin, étaient en tête d’une liste de différends. L’échange téléphonique hier entre Barack Obama et le président chinois Hu Jintao annonce-t-il un réchauffement des relations ? La médiatisation rapide de l’appel de la Maison-Blanche au Zhongnanhaï (siège du gouvernement et de la présidence à Pékin) va dans ce sens.
La Chine reste sur ses positions
Obama réagissait à l’infléchissement de la Chine, ou du moins perçu comme tel par l’administration américaine, sur la question du nucléaire iranien. Réticent jusqu’ici à l’adoption de nouvelles sanctions contre Téhéran et son programme nucléaire, Pékin (membre permanent du Conseil de sécurité et du groupe des Six qui négocie avec l’Iran sur le dossier atomique) a accepté de négocier à l’ONU d’éventuelles sanctions contre l’Iran. Ce qui ne signifie pas qu’il les voterait.
Officiellement, la posture de la Chine reste inchangée : « Les sanctions sont contre-productives ; seule la négociation permettra de résoudre le contentieux », a répété le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Mais, dans le même temps, l’annonce de la participation de Hu Jintao au sommet multilatéral sur le désarmement nucléaire aux États-Unis les 12 et 13 avril a été bien accueillie par Obama qui a aussitôt appelé son homologue chinois, lui assurant que sa présence serait une « opportunité importante pour qu’ils abordent leur intérêt commun dans l’arrêt de la prolifération nucléaire et dans la protection contre le terrorisme nucléaire ».
Hu Jintao a préféré, selon le communiqué officiel chinois, mettre l’accent sur « des relations économiques et commerciales saines et stables dans l’intérêt des deux pays ». Une sorte de mise en garde avant sa venue à Washington qui précédera de quelques jours la publication du rapport semestriel du Trésor américain, lequel menace d’accuser officiellement Pékin de manipuler le cours de sa devise pour en tirer un bénéfice commercial à l’export. Le 26 mars, un groupe de parlementaires démocrates avaient demandé à Obama de prendre des mesures de représailles commerciales contre la Chine. Pékin soutient que, depuis juillet 2005, sa monnaie s’est appréciée de 21 % par rapport au dollar. Une affirmation contestée par les Occidentaux, pour qui la réévaluation du yuan a été stoppée en juillet 2008. Or, pour Pékin, les déséquilibres de l’économie mondiale proviennent de « politiques erronées dans certains pays et de déséquilibres dans le système de gestion monétaire international » et non d’une sous-estimation de sa monnaie. Un sujet qui sera certainement le plat de résistance du menu du nouveau sommet du groupe des grands pays émergents, le Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine) à Brasilia, auquel compte se rendre le président chinois après la rencontre de Washington. Il se rendra ensuite au Chili, gros exportateur de minerais vers la Chine, et au Venezuela, allié de longue date et puissance pétrolière.
Dominique Bari
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