Hollande, la promesse envolée et la chrysalide
Humanité Quotidien
14 Novembre, 2012
Après la conférence de presse de François Hollande, "le changement n'est plus pour maintenant", et "l'électorat de gauche risque de ne pas trouver
dans ce plaidoyer pro domo la réassurance que sa voix est respectée", estime Patrick Apel-Muller dans l'édito de l'Humanité de ce mercredi.
Les têtes de chapitre du programme présidentiel sont restées sur la table mais vides. Comme une fois
la promesse envolée reste l’enveloppe
de la
chrysalide. Hier, au Bourget,
il fallait résister aux marchés financiers ; désormais « il faut assurer la crédibilité de la France » devant leur évaluation. Une des trois
priorités absolues était la « réorientation de l’Europe » et nous n’avons plus en main que le traité Merkozy serti d’un codicille de croissance. La justice sociale ? Peut-être... mais à
ne pas confondre avec « la mise en accusation de ceux qui ont apporté le plus à leur économie » – voilà satisfaits les grands patrons et Mme Parisot – et ont gagné
beaucoup d’argent.
François Hollande avait choisi hier de privilégier « l’esprit d’entreprise » et de mettre en cause « le coût du travail » dans une formule un peu floue :
« Il n’est pas tout mais est tout sauf rien. » En tout cas, rendez-vous en 2014 pour une hausse de la TVA qui pèsera sur les consommateurs, les salariés pour l’essentiel. « Le
redressement prendra du temps », a-t-il martelé ;
« ce sera long », a-t-il dit de l’éducation. Le changement n’est donc plus pour maintenant. Dans la relecture
de ses actes des
derniers mois à laquelle le président convie les Français, il évoque désormais un cycle long,
ne jouant « pas le sort d’une prochaine élection mais d’une prochaine génération ».
L’électorat de gauche, dont l’adhésion s’effrite d’après les derniers sondages, risque de ne pas trouver dans ce plaidoyer pro domo la réassurance
que sa
voix sera respectée. Bien entendu, des courants le traversent, les attentes sont diverses. Mais un an plus tôt, au lendemain d’une victoire au Sénat, socialistes, communistes, radicaux,
EELV s’étaient retrouvés dans
un contre-budget qui prenait le contre-pied
du dogmatisme budgétaire, dans des réformes
qui protégeaient des licenciements boursiers ou
des injustices fiscales. Le cours du monde, la persistance
de la crise, l’échec des politiques d’austérité ne rendent-ils pas ces mesures plus nécessaires encore ? Ce qui unissait
il y
a si peu ne le peut-il plus aujourd’hui ?
Le « récit » présidentiel, comme le disent
si savamment les spin doctors, présente comme
un cap constant ce que l’opinion interprète comme un virage
libéral, « le coup de la parenthèse » selon la formule de la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann. « On fait ce que tous les autres font », déplorait-elle hier, en
ajoutant : « Sauf que, par manque de chance, ça ne marche pas très bien. Donc j’attends qu’on nous explique comment, par miracle,
ça va marcher en France »...
L’emploi et la croissance seraient les premiers à pâtir d’une docilité à l’égard des marchés financiers et de la droite qui ne cessent de réclamer des coupes
claires dans les dépenses publiques et sociales.
Les Français peuvent être mobilisés pour leur résister.
Les syndicalistes, les progressistes, les militants de gauche
qui ne se résignent pas à ce que l’histoire bégaie peuvent sans tarder se mobiliser pour des alternatives crédibles
à l’austérité, embrasser large pour unir une majorité.
À la porte des
choix politiques, l’espérance le dispute
à la résignation lasse.
François Hollande a privilégié la crédibilité à l’égard des marchés financiers.
Par Patrick Apel-Muller
Publicité
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)