Heuliez cherche roue de secours
Après avoir pansé les blessures de la tempête, la région Poitou-Charentes devra se pencher en urgence sur le dossier Heuliez et de l’avenir des 600 salariés de l’usine de Cerizay (Deux-Sèvres). Á la veille du salon de Genève, date limite fixée par le PDG de la société pour aborder « de façon sereine, avec des engagements fermes de capitalisation », la grande manifestation européenne de l’automobile, l’entreprise est en effet au bord du dépôt de bilan.
Le dossier Heuliez se retrouve aujourd’hui au cœur de la campagne pour les élections régionales et révèle au grand jour les incohérences de la politique économique du gouvernement (s’il y en a une) et pour la pallier, la fuite en avant de la région. Car Ségolène Royal n’a pas ménagé sa peine pour tenter un sauvetage qui s’annonce au fil des semaines de plus en plus périlleux. La présidente a d’abord avancé 5 millions d’euros d’argent public pour faire entrer la région dans le capital de l’entreprise alors en redressement judiciaire, une première en France. La garantie est celle du repreneur désigné par le tribunal, Bernard Krief Consulting, BKC, et sa promesse en juillet 2009 de verser 15 millions d’euros pour relancer Heuliez et son projet de véhicule électrique urbain. L’État de son côté, via le fonds spécial d’investissement, promet un apport de 5 millions d’euros lorsque BKC aura fourni la preuve de son apport. Qui n’arrivera jamais, au point que le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, déclare la semaine dernière abandonner la piste BKC.
Poitou-Charentes se retrouve seule partenaire d’une entreprise « au bord de l’abîme », comme le redoute Émile Brégeon, élu CFDT au comité d’entreprise, par ailleurs candidat aux élections régionales sur la liste de Ségolène Royal.
Laquelle, pour tenter de sauver les meubles, ajoute au pot en garantissant un emprunt de 4 millions d’euros, annonce une prise de participation de la mutuelle Macif, qui renonce à son tour le lendemain même. L’imbroglio Heuliez inquiète au plus haut point les salariés et commence à faire des vagues dans le landerneau politique. Dominique Bussereau, le secrétaire d’État aux Transports, candidat UMP, a soutenu au début l’engagement de la région avant de critiquer vertement son adversaire socialiste en dénonçant une « politique d’effet d’annonces à répétition ». Dimanche, Christine Lagarde affirme qu’elle ne laissera pas un repreneur fantasque reprendre Heuliez et elle évoque un candidat turc !
Le Salon de l’automobile de Genève, ou seront exposés à partir de jeudi les véhicules électriques de l’entreprise de Cerizay, ne sera pas une fête pour tout le monde.
Jacques Moran
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