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L’Editorial de l’Humanité

Haïti : L'urgence et l'avenir

Haïti n’est pas vouée au malheur. Elle porte, en traits plus accusés qu’ailleurs, les stigmates des désordres du monde. Aux secours d’urgence, à la reconstruction, il faut ajouter une ambition de développement.

15/01/2010


Une île en ruine, des cadavres entassés dans les rues, des survivants hagards blanchis par la poussière, des parents portant les cadavres des enfants… Haïti est dévastée au-delà même de ce qui était estimé juste après le séisme. Les chiffres de 100 000 morts et de 2 millions de sans-abri sont évoqués. Sans certitude. Les voies de circulation sont coupées, les communications interrompues et les services de secours désorganisés. Dans une infinie brutalité, le tremblement de terre révèle les maux dont souffre le pays. Les constructions trop fragiles qui naissent de la pauvreté, les bidonvilles dépourvus de voies d’accès, la criminalité qui ajoute les pillages aux ravages, l’absence d’infrastructures publiques solides qui permettent d’acheminer des engins pour dégager les décombres, chercher encore la vie qui bat faiblement au cœur des amas, soigner les dizaines de milliers de blessés et de traumatisés qui errent sans toit, ni loi.

Les catastrophes naturelles ne frappent pas de la même manière un pays développé et un autre ou 80 % des habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour. Le monde se mobilise pour secourir la population haïtienne. C’est la priorité de l’heure, et la solidarité des peuples collectée par les associations s’ajoute au dispositif des États. Là est l’urgence. Mais l’efficacité des logistiques de catastrophe ou la solidarité face au drame extrême ne nous tient pas quittes. Les pays riches qui ont tenu sous leur coupe la « Perle des Caraïbes », encouragé la dictature sanglante des Duvalier et maintenu l’île dans la plus grande misère portent une responsabilité. Non pas dans les secousses de l’écorce terrestre, mais dans leurs effets. Aujourd’hui, il ne faut pas attendre pour se projeter plus loin que les souffrances. C’est maintenant qu’il faut penser à la reconstruction d’Haïti et à son développement. C’est sans délai qu’il faut mettre fin aux diktats du FMI sur les économies du tiers-monde ou aux oukases ultralibéraux de la Banque mondiale.

Pour se redresser, ce pays a besoin d’un État, de services publics arrachés au seul moteur du profit, d’une ambition sociale. Depuis des dizaines d’années, l’île se vide de ses forces vives qui veulent trouver ailleurs, au-delà de l’océan, une chance de ne pas vivre miséreuses. Les barques de l’exil mènent vers les Caraïbes françaises, les États-Unis, le Canada… Haïti n’est pas vouée au malheur. Elle porte, en traits sans doute plus accusés qu’ailleurs, les stigmates des désordres du monde et d’une mondialisation qui est celle des capitaux et non des solidarités. Les Haïtiens du monde et nous pensons en premier lieu à ceux de France et des Antilles sont un formidable atout de compétences et de savoir-faire pour redresser ce pays, si les conditions d’un renouveau y sont créées. Nicolas Sarkozy a souhaité, hier, la tenue d’une grande conférence internationale pour la reconstruction de l’île. C’est bien mais ce n’est pas assez, si l’on n’envisage pas son développement. Les objectifs du millénaire que les Nations unies avaient fixés pour bannir les grandes misères de la planète ont été oubliés par les gouvernants des grands pays. Ils ne seront pas atteints en 2015 à ce rythme. Il en va du sort des hommes comme du climat…

La logique du profit les compte comme quantité négligeable. Notre solidarité ne devra pas s’arrêter aux dons que nous vous invitons à verser au Secours populaire.


http://www.humanite.fr/L-urgence-et-l-avenir
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Tag(s) : #Monde
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