Haiti : L’ONU doit être en capacité de prendre pleinement la main
Insupportable du point de vue des droits du peuple haïtien, la mise sous tutelle du pays par Washington ne permet pas de bien gérer l’aide internationale, les exemples d’entraves se multipliant alors même que l’urgence est toujours plus aiguë.
Près d’une semaine après le séisme la situation ne cesse de se détériorer en Haïti. On évoque désormais plus de 100000 victimes et des flambées d’émeutes de la faim sont signalées ici ou là.
Dans les quartiers de certaines villes, les habitants n’ont toujours pas vu le moindre sauveteur. Tout concourt donc à renforcer encore la mobilisation internationale. Il y va de l’assistance à
apporter à un peuple en danger au sens physique du terme.
Les Etats-Unis en Colons
« Vous n’êtes pas seuls ! » a lancé hier le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, lors d’une visite à Port-au-Prince. Un déploiement en très grand des Nations unies apparaît
en effet plus nécessaire que jamais. Mais comment espérer y parvenir dans un contexte où toutes les opérations sont placées sous la tutelle des États-Unis qui occupent militairement le
terrain.
Cette mainmise est déjà à l’origine de sérieux couacs comme on l’a vu, ce week-end, dans les retards pris par la
livraison de matériels médicaux argentin, péruvien ou français (un hôpital de campagne ayant dû « patienter » quarante-huit heures à Saint-Domingue). Interrogé hier sur les causes de
ces terribles contretemps, le ministre français de la Coopération, Alain Joyandet, a reconnu du bout des lèvres qu’il y avait bien là un problème : « J’espère que les choses seront
précisées quant au rôle des États-Unis. Il ne s’agit pas d’occuper Haïti, il s’agit de faire en sorte qu’Haïti puisse reprendre vie », a-t-il déclaré hier matin sur Europe
1.
l’Onu doit jouer son rôle
L’ONU, qui est intervenue sur maints conflits ou catastrophes naturelles, ces dernières années, dispose d’agences qui ont acquis une compétence sur la mise en place des logistiques
indispensables pour faire face à ces situations de détresse. Seulement aujourd’hui, leur déploiement est ralenti par les dispositions sécuritaires mises en place par l’armée
américaine.
Dans le camp de rescapés de Challe, où 10000 personnes ont trouvé refuge, l’ONU n’a pu distribuer les premières rations de survie que dimanche. « C’est seulement ça ? On attend depuis mardi et c’est seulement ça ? » s’agaçait Vanel Louis-Paul, un père de trois enfants en brandissant la pochette vide de sa portion de gâteaux.
L’ONU doit être en capacité de prendre la main pour jouer pleinement son rôle en Haïti. Tel sera l’un des enjeux clés de la conférence internationale qui doit démarrer ce 25 janvier, à Montréal. N’en déplaise à la première puissance mondiale et à ses considérations géostratégiques.
Bruno Odent
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