Grippe A : la colère des infirmiers
Réquisitions sommaires, formation amputée… la pilule de la vaccination massive ne passe pas chez les élèves infirmiers. Qui organisent leur résistance.
Excédés, les élèves infirmiers haussent le ton. Au cœur de la grogne, les conditions de réquisition pour la campagne de vaccination. « Depuis trois semaines, nous sommes pris en otages,
élèves comme formateurs. Nous sommes réquisitionnés sur arrêté préfectoral et chaque semaine, la police apporte la liste des élèves convoqués. Cours annulés, examens reportés, école fermée,
plus on entre dans cette campagne, plus notre formation est perturbée. C’est du grand n’importe quoi. » Emidio Da Silva Leite, élève infirmier de l’institut de formation en soins
infirmiers (Ifsi) Raymond-Poincaré de Garches (92), exulte. Ce point de vue, un grand nombre d’élèves le partagent. Vendredi dernier, ils étaient plus de cinq cents à se rassembler devant le
ministère de la Santé à Paris pour faire part de leur exaspération. Une délégation a été reçue par Roselyne Bachelot. La ministre a reconnu « des problèmes dans la mise en œuvre des
réquisitions » qui « ne sont pas acceptables », imputant toutefois leur responsabilité à « une montée en charge très rapide du dispositif ».
« On méprise notre formation » Pour Emidio, ce n’est pas suffisant. « Les propos de Mme Bachelot visent uniquement à nous calmer. Elle nous a promis qu’on serait payés 14 euros de l’heure la semaine et 28 euros le dimanche. Comme nous pouvons être réquisitionnés jusqu’à cinq fois par semaine et que chaque journée dure au minimum huit heures, je n’y crois pas trop. Et puis, le problème est ailleurs : je suis en troisième année, j’ai mon examen dans trois mois, qui pourrait en fait être repoussé à juillet. C’est encore n’importe quoi. Il y a vraiment du mépris pour notre formation. » Mépris, le mot est lâché. Nouveau point de discorde avec la ministre, un manque de reconnaissance que souligne le futur infirmier des Hauts-de-Seine. « Pas un merci, rien, on sert juste à faire du chiffre, on est juste bon à piquer, c’est dévalorisant », insiste-t-il. Sur le sujet, les élèves de l’Ifsi de Montreuil sont allés plus loin. Dans un courrier adressé à la Ddass, ils annoncent clairement qu’ils ne répondront pas à plus de deux réquisitions par semaine. Et rappellent que leurs vacances scolaires débutent le 18 décembre…
Lionel Decottignies
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