Maria Karamessini, « Le gouvernement veut casser le modèle social »
Quels sont les impacts du mémorandum signé par le gouvernement grec avec l’Union européenne et le FMI en mai ?
Maria Karamessini. Les mesures d’austérité ont d’abord frappé les travailleurs et les retraités par des coupes sur les salaires dans le secteur public et les pensions, puis par l’augmentation des taxes indirectes, telles que la TVA. L’inflation annuelle s’élevait à 5,7% en septembre. Même les travailleurs du privé dont les salaires ont été gelés ont subi une véritable baisse de leur pouvoir d’achat. Ces mesures ont aussi provoqué une forte récession. Les revenus fiscaux n’ont pas augmenté comme escompté et l’ajustement se fait par la réduction drastique des dépenses publiques. La récession a accentué les licenciements dans les entreprises, voire des fermetures. Ce sont donc les salariés, les retraités et les catégories sociales les plus vulnérables qui paient le coût de l’ajustement structurel programmé par le mémorandum. De nombreuses compétences ont été transférées aux municipalités. Comme elles ont aussi dû baisser de 40% leurs coûts de fonctionnement, elles ne peuvent pas assumer. L’État social est attaqué au niveau central et municipal.
Les universités aussi vont être réformées…
Maria Karamessini. Oui. Les mesures précises n’ont pas encore été exposées, mais les grandes lignes sont connues. Contrairement à ce que la Constitution impose jusqu’alors, le gouvernement ne garantira plus le financement des universités, qui seront dirigées comme des entreprises. Les représentants des entreprises, de l’Église, des associations de consommateurs, etc., entreront dans les conseils d’administration, mais les enseignants et les étudiants n’auront plus le rôle qu’ils jouaient jusqu’à maintenant dans la direction. Le financement reposera sur les étudiants et sur l’évaluation faite par un organisme extérieur. Les cursus seront individualisés.
La contestation de cette réforme peut-elle donner un nouveau souffle au mouvement social ?
Maria Karamessini. J’ai l’impression que le mouvement social peut renaître par les actions des enseignants et des étudiants. Nous devons maintenant nous battre contre cette nouvelle réforme qui correspond à une mutation de l’enseignement supérieur académique vers un modèle à l’anglo-saxonne. Elle va dans le sens de ce que le gouvernement impose : une rupture complète avec le modèle social et d’emploi. La protection de l’emploi, dans un pays où, de surcroît, les indemnités chômage sont faibles, constituait le cœur du modèle d’emploi. Les lois d’application du mémorandum ont facilité les licenciements, allégé le coût des heures supplémentaires, introduit un salaire minimum spécial jeunes et réduit la part de l’État dans le financement du système des retraites. Le gouvernement veut casser le modèle social. Nous sommes confrontés à un défi immense et nous avons besoin du soutien européen, de la solidarité pour le relever.
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